Elle 22
Surtout ne parlez plus à Alni de ces œuvres, soit disant, de bienfaisance. Elles ne répondent jamais "présent", quand vous avez besoin d'eux.
"A aucun moment, Fani ne m'a parlé de ce qui c'était passé avec son père. Plusieurs heures plus tard, j'ai entendu J.P. dire à Fani que s'il avait agi de la sorte, c'était parce qu'elle faisait des bêtises."
"Le 13 décembre dernier, je rentrais du lycée, il devait être 18 heures, j'ai vu la porte d'entrée de la maison s'ouvrir, Fani s'enfuyait en courant, en criant "AU SECOURS". (…)Juste derrière se trouvait J.P., lorsqu'il m'a vu, il s'adressait à Fani en ses termes : «tu as qu'à ne pas faire des conneries» (…)
Comment il peut ?! Commettre le crime et accuser les autres ?! Vermine. Il est une abominable vermine. Alni ne peut plus le croire humain.
Plus Alni poursuit la lecture, plus elle culpabilise. Elle a failli à son rôle de mère. Elle n'a pas vu, elle n'a pas entendu… et pis, elle n'a pas protégé.
Ce fameux Noël de 1995, quand sa Fani avait ces marques sur son visage, elle aurait dû poser des questions, insister, pour savoir ce qui c'était réellement passé. Alni n'avait pourtant pas "avalé" la version du ballon. Alors, pourquoi s'est-elle tut ?
Les doutes, les interrogations et l'esseulement vont terrer Alni. Elle se sent fautive, blâmable et tristement seule. Son sourire sera terni à jamais. Elle va devoir se battre contre elle-même et ce combat commence ici. Une bataille longue, dont elle n'est pas encore sortie aujourd'hui.
Elle se sent si seule. Elle se renferme dans un cocon destructeur, dont la seule couleur est la noirceur, qui va lui enlever le goût de d'exister. A partir de ce moment, Alni est un mort-vivant.
Elle aurait voulu avoir quelqu'un à qui parler, à qui confier son désarroi… mais personne. Pas âme qui vive à l'horizon. Pas une épaule sur qui compter, pas un mot qui puisse dulcifier sa douleur. Même pas un "comment ça va". Rien. Tout son entourage est devenu muet. Sauf, quand il s'agit de douter…
Alni navigue déjà dans des eaux troubles, pour arriver à bon port, elle a besoin de quelque réconfort. Un mot, un regard, serait suffisant… mais au lieu de ça, elle reçoit en plein cœur des coups mortels, de la part de certains de ses proches. Ces mots presque accusateurs, l'assassinent peu à peu et, à petit feu, elle se meurt.
"Il était gentil, pourtant" … "Peut-être que tu ne te "donnais" pas suffisamment" (??!)
Ils se gardent bien de le lui dire à elle directement. Les ouï-dire vont bon train. Alni s'attendait à tout, mais n'était pas préparée à ça. Même s'il y avait, ne serait-ce qu'une once de vérité, est-ce une raison ? Un père peut-il se servir de ses enfants, sous prétexte qu'il n'assouvi pas son instinct animal ?
Devant de telles paroles, la tristesse d'Alni devient colère. Aussi habituée soit-elle à supporter des coups, elle a aussi ses limites. Déjà lors de son viol, un des siens n'a rien trouvé de mieux à dire que : "Je vais la tuer". Comment ne pas se sentir coupable, quand tous les regards qui se jettent sur elle prennent un air accusateur ?
Est-ce Alni qui n'est pas humaine, ou bien eux ? Alni ne sait plus, mais elle a envie de répondre à leurs interrogations sordides…
"NON. Il n'était pas gentil. OUI. Je me suis "donnée" autant qu'il en a eu envie, comme il en avait envie et où il avait envie. Trop ! Je me suis trop "donnée", beaucoup trop. Plus qu'il n'en fallait, plus qu'il n'en valait." "Ne le condamnez pas si vous n'en avez pas envie. Mais ne répandez pas sur les yeux d'Alni la terre qui lui sert déjà de tombe".
Alni n'est plus qu'une machine mécanique à qui on a imposé comme règle obligatoire : subsister. Quel est donc ce démon qui a déposé sur son berceau ce mauvais sort, cet immuable serment ?
Elle est hors de porté des coups, et pourtant, elle a toujours aussi mal. Ces douleurs sont bien plus lancinantes que celles qui vous déchirent la peau. Elles vous tuent de l'intérieur laissant la carcasse, à l'apparence humaine, errer dans les labyrinthes sombres de son caveau.
Alni est fatiguée. Elle doit être sur tous les fronts à la fois. Chercher un appartement, chercher l'école pour les enfants, les démarches devant les tribunaux, tant pour l'affaire que pour le divorce et son travail, elle se sent défaillir.
Tout dans la tête d'Alni se mélange. Ce profond sentiment de solitude et cet hébergement d'infortune où elle sent qu'elle dérange. Elle est perdue. La détresse la consume. Il faut pourtant faire face et d'un pas incertain elle se meut. Elle prend contact avec toutes les institutions susceptibles de pouvoir dénouer la situation. Les nœuds se dénouent peu à peu. Les enfants sont scolarisés, Alni est soulagée.
Par contre, du coté de l'appartement, rien ne bouge. Ils vont devoir rester une année hébergés. Alni a pourtant écrit à plusieurs organismes H.L.M., au Maire de l'arrondissement et a même été voir directement ce dernier à plusieurs reprises. Mais malgré la priorité du dossier, personne ne semble vouloir donner une suite favorable. Alors qu'il y a plusieurs appartements vides depuis plus d'un an, à l'adresse même où Alni est hébergée.
Alni prend alors le taureau par les cornes et écrit à Monsieur Jacques Chirac, Président, sans omettre aucun détail, tant sur son problème personnel que sur le dossier. Sa réponse ne se fit pas attendre. Alni a même été directement contactée à son bureau par le bureau du secrétariat d'Etat. En quelques semaines, Alni avait un appartement. "Merci, Grand Monsieur".
Il ne reste plus que M'sieur disparaisse définitivement de sa vie et Alni aura la sensation de trouver au paradis. Mais il ne va pas disparaître sitôt de sa vie. Ce serait trop simple, trop beau pour être vrai.
Malgré la disparition des gros nuages dans le ciel d'Alni, elle a dans la bouche un goût amer. Une année, une malheureuse année de prison pour le fou. Tout ce qu'il a fait subir aux enfants ne vaut qu'une année de prison. Même si Alni sait que loi et justice ne font pas bon ménage, elle s'attendait à une justice plus équitable. Une justice qui fasse comprendre au pédophile qu'il est que le crime commis est impardonnable. Que s'en prendre à des enfants n'a rien à voir, ni de près ni de loin, avec un vol. Que ses victimes devront vivre une vie entière avec le poids de son crime. Au lieu de ça, il est condamné à une année qu'il n'effectue même pas en entier.
A peine quelques mois de répit et, dès sa sortie, son ombre rôde à nouveau… Et de nouveau il hante les journées d'Alni. Suivant ce qu'il dit, il épie et suit Fani.
Suite


Commentaires
Didier site : blogcochon.bloguez.com/ | le 14/08/2009 à 13:44:01Bonjour Lina,
Ne te sous-estime pas, tu as été forte, très forte, c'est un varitable calvaire que tu as vécue.
Bonne journée.
Didier
Séchât site : sechat.blog4ever.com/blog/index-147496.html | le 14/08/2009 à 16:38:56
Bonjour chère Lina,
C'est dur de lire ton sentiment de culpabilité, alors que ce n'est pas toi qu'il faut blâmer. L'unique fautif, c'est lui, ce monstre. Ce genre de manipulateur est doué pour te faire sentir coupable... c'est intolérable!
J'ai une grande admiration pour toi. Tu as été courageuse durant tant d'années, et si courageuse de le quitter!
Je trouve honteux qu'il ait eut une si petite peine. C'est incompréhensible pour moi. Ta dernière phrase me fait froid dans le dos... J'envisage encore le pire.
En tous cas, je suis heureuse que mon message ait pu te remonter le moral et je souhaite de tout coeur que tu puisses retrouver la sérénité rapidement.
Je t'embrasse, mon amie, et t'envoie un grand bouquet de sourires.
Séchât.
clementine site : www.clementine-severin.com | le 14/08/2009 à 17:54:57
Il n'a eu qu'un an de prison.. c'est franchement injuste pour les enfants et pour toi..
Tu n'as rien à te reprocher, car ce genre de personnage est un manipulateur et comme tous les manipulateurs,il sait cacher son jeu, de façon à ce que personne ne le soupçonne et il sait faire endosser ce qu'il fait aux autres et notamment à ses proches..
Tu as très bien agi. Tout le monde n'a pas ton courage et ta force..
bisous et bon courage
clem
dimdamdom59 site : dimdamdom59.bloguez.com | le 14/08/2009 à 22:42:57
Je n'ai qu'un espoir, c'est que, quand je rentrerai de vacances, j'apprendrai qu'il est mort!!!!
Bisous Lina!!!
Domi.
Arc-en-ciel site : cmaterre.blog4ever.com/blog/index-313566.html | le 16/08/2009 à 23:04:21
Bonsoir Lina,
Je suis effarée d'apprendre la légèreté de la peine, face à un tel crime ! Quel crime plus odieux que celui de blesser un enfant innocent, qui plus est la chair de sa chair ! Il y a vraiment des situations révoltantes.
Mais surtout Lina, n'oublie plus jamais que tu n'as aucun reproche à te faire. Tu as été manipulée par quelqu'un de particulièrement habile, ce genre de personne qui arrive à te culpabiliser en frappant là où ça fait le plus mal : ton amour de mère. Tu as fait ce qu'il fallait et tu l'as fait avec un courage qui force l'admiration. Ne t'arrête pas aux langues assassines qui prennent un plaisir sadique à frapper celui qui est déjà au sol. Appuie-toi au contraire sur l'amour de toutes ces personnes qui t'ont soutenue et te soutiennent encore.
Je veux te remercier pour tous ces merveilleux messages que tu as déposés sur mon blog et que je viens de découvrir en rentrant de week-end. C'est tellement bon l'amitié !
Je te souhaite bon courage pour demain et t'envoie un bouquet de fleurs aux sept couleurs.
Avec toute mon amitié,
Arc-en-ciel