Elle 21
Alni est abrutie. Elle ne peut, ni ose, plus questionner Marco ou Fani. D'ailleurs, quelle question devrait-elle poser ? Comment le faire sans raviver la douleur ? Non, elle ne le fera pas, elle les écoutera attentivement au commissariat.
Les minutes défilent au galop, tout comme ses pensées, et pourtant Alni semble avoir attendu une éternité, dans cette salle d'attente. Et puis, le moment fatidique arrive, deux gendarmes viennent les chercher.
Alni se prépare à entrer en enfer et sa pensée vagabonde loin dans son adolescence. Elle prend conscience que ce qu'elle a vécu n'est rien comparé à ses enfants… Un inconnu, comme tant d'autres, qui manque de cœur… Mais un père ? Comment peut-il commettre un crime si abominable ? Est-il digne d'être père ? Non. C'est déjà trop, de considérer géniteur.
Et Alni, est-elle digne d'être mère ? Peut-être pas. Qui saura le dire ? Pas elle. D'ailleurs, doit-elle s'occuper de cette question maintenant ? Bien sûr que non. Pour le moment, tout ce qui compte soutenir les enfants.
Alni pensait pouvoir accompagner les enfants mais ils vont être entendus séparément. Alni accompagnera Fani, elle est la plus jeune. Marco sera tout seul en face du gendarme.
Marco est un grand garçon, pas seulement en taille mais en raisonnement. N'est-ce pas lui qui, à plusieurs reprises a sauvé sa sœur des griffes de l'abominable vermine ? Et sa maman, ne l'a-t-il pas sauvé des coups ? Il va s'en sortir…
Fani ne parle pas délibérément, le gendarme doit poser des questions. Et puis le cauchemar commence…
"(…) En décembre 1995, une nuit, je me trouvais à la maison avec mon père et mon frère. Ma mère était restée sur Paris à cause des grèves. Vers minuit, je suis allée dans la cuisine pour boire. J'ai vu que mon père s'y trouvait déjà, il était à la fenêtre en train de fumer. Après avoir bu mon verre d'eau, sans dire un mot, mon père m'a amenée un peu de force dans le salon. Il m'a dit : «viens avec moi au salon». (…) il m'a fait asseoir sur le canapé. Quant il a commencé à se déshabiller, j'ai compris ses intentions, je me suis débattue et me suis mise à tourner autour de la table (…) Il a réussi ensuite à me saisir, il m'a alors allongée sur le canapé, comme je criais, il mettait la main autour de mon cou pour m'empêcher de crier et il disait : « si tu cries, je t'étrangle» (…) Mon frère est alors arrivé dans le salon en demandant ce qui se passe (…) Une fois mon frère arrivé, mon père s'est calmé. Il est parti appeler SOS amitiés et commencé à boire.
"(…) Plusieurs fois, mon père est venu dans ma chambre, il passait ses mains sous les draps e m'a caressée sous la chemise de nuit et il disait «laisse-toi faire» J'avais peur et je n'ai rien dit. Cela a duré longtemps. (…) Le vendredi 13 décembre, je me souviens de ce jour à cause que cela porte malheur, mon père est arrivé dans ma chambre, il a commencé à me caresser partout sur mon corps (…) Il m'a allongé sur le sol, m'a descendu mon jean et mon slip jusqu'aux chevilles et il a commencé à défaire sa fermeture éclair lorsque mon frère Marco est arrivé (…) Quand il m'a jeté par terre, je lui ai dit que j'allais le dire à maman. Il a répondu qu'il allait la tuer. J'ai raconté tout cela à ma mère hier soir à Paris."
Fani n'avait jamais parlé, par peur de voir sa maman se faire tuer. Mais ce qui est certain et que Fani ne savait pas, Alni l'aurait tué en premier. Elle n'aurait rien arrangé pour les enfants, sauf les perdre et se retrouver en prison… Mais elle se connaît, elle aurait perdu tout raisonnement et l'aurait assassiné. Même si Alni peut tout supporter, ne touchez pas à ses enfants, ils sont sacrés.
Lecture faite de la déclaration, Alni n'a rien à ajouter, elle maintien la plainte, persiste et signe.
La rage dévore Alni. Elle ne peut pleurer, sa gorge est nouée et les larmes se sont asséchées. Les deux larmes hardies qui on osé rouler sur son visage se sont asséchés au contact de sa peau brulante, laissant derrières elles une trainée ardente qui fustige sa peau.
Pensant le cauchemar terminé, elle attend impatiemment la sortie de Marco de la pièce d'à côté… Tout en priant que la déclaration de Marco ne contienne rien de nouveau, ni en discordance avec celle de Fani qui se termine par "mon père ne m'a jamais pénétré". Une maigre consolation mais qui rassure quelque peu Alni, au vu de l'abominable crime.
Oui, Alni considère les attouchements comme un atroce crime, d'autant plus quand l'auteur est le propre père. Rien qu'un regard de désir envers son propre enfant, Alni le considère comme un inceste, donc un crime.
Alni est sortie de sa torpeur par la voix d'un gendarme qui l'appelle. "Mme H., venez". Jusque là, rien d'inquiétant. "Il faut certainement signer la déclaration de Marco et ce sera terminé, pensa Alni." Et si…, les doutes prennent pouvoir sur Alni.
Comme il avait raison, celui qui a dit "un malheur n'arrive jamais seul"! C'est vrai, pour Alni. Elle a l'impression que le film de sa vie a été écrit par un mauvais génie. Et qu'indubitablement il se déroule devant ses yeux, sans qu'elle puisse ni le changer, ni l'arrêter. Comme un mauvais sort qui lui aurait été jeté.
Des 3 à 4 pages qui constituent la déposition de Marco, Alni ne lit que quelques mots. Ses yeux gambadent comme pour s'arrêter qu'aux mots qui mutent maux. Ils s'enfoncent dans sa tête, tel un poignard aiguisé, gravant dans son cerveau l'affliction à jamais.
Pourquoi cette lame grise ne lui atteint pas le cœur, une fois pour toutes ? Pourquoi ces yeux doivent-ils plonger dans ces mots si déplacés et vils ? Et pourquoi 2 fois ? Comme si une ne se suffisait pas !
"Vous les Dieux des cieux, quel mal vous ai-je fait, pour que jamais vous m'offriez la paix?" "N'en suis-je pas digne ?"
Indigne, peut-être ! Mais en un instant son cerveau se met à cavaler, tout devient clair. Les interrogations trouvent des réponses et les réponses deviennent conjurations.
Ce semblant de tentative se suicide en 1993 n'était autre choses que de la mise en scène pour, encore une fois, se faire "pardonner", au cas où Alni venait à savoir quelque chose. Il est le fou et le roi, dans l'art de la comédie. Une vocation ratée, comme lui.
Les mots de sont frère Fab sonnent à présent le clairon "vous devriez parler, tous les deux, c'est grave"… Et ses quelques mots gribouillés dans sa lettre, RAR que plus est, "j'ai fait des bêtises, que je paye cher" "reviens à la maison".
Des bêtises ? Il ose appeler ça des bêtises ?! Comme le petit enfant qui casse son jouet ? "C'est un crime, et à mes yeux, le plus abominable qu'un homme puisse commettre. L'Abject"
Alni a envie de vomir. C'est volontiers qu'elle cracherait toutes ses viscères et arracherai sa peau, pour oublier que son corps a frôlé celui de cet animal. Tant d'années vécues à coté d'un monstre ! C'est sûr, son corps aussi est souillé. Une souillure que jamais ne se dissoudra, que lui gâtera l'âme jusqu'a la noirceur et qu'elle emportera dans le tombeau.
Tant de choses elle a excusé… mais ça : JAMAIS ! "Je te maudirais, jusqu'à la fin des temps." "Et, même après la mort, j'aimerai être ton tourment"
Ô horreur des horreurs. Le monstre ne pouvait se contenter d'un… Cet homme n'est pas qu'un incestueux, c'est un pédophile, un pervers.
"(…) J'étais âgé de 13 ans environ, je crois me souvenir que c'était au mois de janvier 1993. Je me trouvais au domicile en compagnie de mon beau père (…) Nous étions seuls. (…) Après déjeuner, J.P. m'a proposé de prendre un bain avec lui, prétextant que cela économiserait la consommation d'eau (…) il s'est glissé dans la baignoire et m'a demandé de lui laver (…) il était déjà en (…) et me demandais le lui laver d'une manière bien précise, en effectuant un va et vient…J'étais assez retissant et c'est alors qu'il prenait ma main dans la sienne et la posait sur son (…) Vu mon jeune âge je ne comprenais pas très bien ce qui se passait. De plus j'étais très obéissant, je ne savais pas refuser ce que l'on me demandait, j'étais passif. (…) Je tiens à préciser que J.P. me mettais en garde de ne pas dire ce qui c'était passé entre nous à ma mère. (…) Quelques minutes plus tard, il apparaissait dans ma chambre me demandant de venir avec lui effectuer des achats. Il en a profité pour me dire que ces attouchements avaient pour but de m'apprendre à dire non et afin de réagir à ma passivité. (…)
"(…) Au mois de décembre 1995, pendant les grèves, ma mère était restée dormir à Paris (…) c'était dans la nuit, je crois me souvenir vers minuit j'ai été réveillé par Fani qui prenait la direction de la cuisine. J'entendais J.P. qui lui parlait, mais sans comprendre ce qui se disait. Quelques minutes plus tard. J'entendais Fani gémir, c'était assez étouffé. Je me suis levé et suis allé aux toilettes tirant la chasse d'eau afin que mon père comprenne que j'étais réveillé. En effet, je me doutais de ce qu'il se passait. (…) j'entendais J.P. qui lui disait de se laisser faire et de se taire, craignant de me réveiller. N'entendant plus rien, je suis retourné dans ma chambre, pensant qu'il avait compris que j'étais là et qu'il renverrait Fani dans sa chambre.
"J'entendais à nouveau Fani gémir. Je me suis relevé, je me suis rendu en direction de la cuisine, et j'ai remarqué que la porte du salon était fermée, mais non verrouillée. J'ai ouvert la porte, il n'y avait pas de lumière. C'est alors que j'ai vu J.P. qui était à califourchon sur Fani maintenant se deux mains sur son cou tentant de l'étrangler. J'ai dit à J.P. "Qu'est-ce que tu fais, c'est ta fille", il l'a lâchée, Fani en profitait pour fuir et se réfugier dans la salle de bains. J'ai entendu l'eau couler.(…) Il s'est assis sur le canapé, je me suis assis sur un pouf et je suis resté quelques instants avec lui. Il s'est servi un verre d'alcool fort je crois, et m'a demandé d'aller me coucher.
"Quelques instants plus tard, mon beau père a appelé "S.O.S AMITIE", je me suis relevé, il parlait avec une femme et cela a duré environ 4 ou 5 heures. J'étais dans le couloir et c'est comme ça que j'ai pu entendre qu'il racontait tout à son interlocutrice. Il lui disait que c'était sa propre fille. Fani et moi-même avons conversé avec cette femme, qui nous rassurait quant à l'état de J.P."
Rassurer ?! S.O.S. AMITIE ne fait que rassurer ? Ne pouvaient-ils pas avertir les autorités ? N'ont-ils pas pensé un seul instant que les enfants étaient en danger ? Ils savaient pourtant que les enfants étaient seuls avec le monstre. Pourquoi n'ont-ils pas agi ? Ils savaient tout, les enfants ont tout raconté. Non seulement ils ont failli à leur devoir de citoyens mais aussi, par leur inaction, ils ont consenti, voire même soutenu le crime. S.O.S. Amitié aussi est COUPABLE.
Suite


Commentaires
dimdamdom59 site : dimdamdom59.bloguez.com | le 10/08/2009 à 16:05:03C'est vrai que la Belgique a été trop secouée par ces histoires monstrueuses ces dernières années. Je suis sidérée que tes enfants soient encore sur pieds après tant de violence et de souffrance. Mais je continue à dire que tu n'as rien à te reprocher, ce type vous a comme hypnotisés et personne n'aurait pu sortir des griffes d'un tel démon. Et quoique tu dises, c'est toi qui a réussi à le déstabiliser grâce à ta force intérieure et à l'amour que tu portais et que tu portes toujours à tes enfants.
Aurais-je le mot fin avant de partir en vacances???
Je t'embrasse Lina .
Domi.
Didier site : blogcochon.bloguez.com | le 11/08/2009 à 00:31:37
C'est vraiment dégueulasse, et cette imbécile de SOS Amitié une ordure...
Comment se re-construire.
J'ai cru voir sur un blog dans un de tes commentaires que Fani se mariée prochainement, je suis vraiment heureux pour elle, une histoire comme la votre peut faire de gros dégats dans l'esprit d'un enfant, mais ça le monstre s'en fiche.
Bonne soirée.
Didier
Séchât site : sechat.blog4ever.com/blog/index-147496.html | le 11/08/2009 à 11:28:11
Bonjour Lina,
Quel horreur! Quand je pense à ce qu'on vécut tes enfants... Je ne sais pas quoi dire. Je ne peux qu'espérer qu'aujourd'hui, vous arrivez à vous reconstruire ensemble.
Merci pour tes messages sur mon blog. J'ai passé un agréable week end en famille. Ca m'a fait beaucoup de bien. Je poste ma nouvelle pour le concours demain, il ne me restera plus qu'à attendre mi novembre pour les résultats.
Passe une douce journée, et prend soin de toi.
Amitié, des bises.
Séchât.