Elle 16


Les jours suivants, Alni cherche. Ce qu'elle cherche, elle ne sait pas, mais elle continue de chercher. Ce fut une recherche vaine, elle n'a rien trouvé de suspect. C'est alors qu'Alni s'en convainc que ces visons n'étaient que le fruit de son imagination. Donc, la vie continue sans aucun changement, toujours les mêmes rituels, les coups et les cris. A une exception près, M'sieur, trouve toujours une raison de plus pour faire la guerre et elle une raison de plus de se terrer.

M'sieur suit à présent sa formation. Et contrairement à ce qu'Alni avait pensé, les tensions ne se sont pas apaisées. Bien au contraire.

Quand il ne sait pas faire les exercices requis pour sa formation, il demande à Marco et, merci à je ne sais pas qui, Marco arrivait à résoudre les exercices, si tel n'était pas le cas la maison allait être sans dessus dessous. Une fois l'exercice résolu, cet homme de son rire narquois disait, "c'était pour voir si tu savais."

Il n'avait même pas honte de faire faire ses exercices par un adolescent qui avait déjà bien à faire lui-même et, en plus, d'arriver à la maison tout fier annonçant qu'il a eu une bonne note sur un exercice qu'il n'a pas fait. Alni le trouve pathétique.

Comment, un homme qui n'a aucune estime de soi peut il avoir une seule once d'humanité ? C'est incompatible. Et c'est pour ça, que même quand il n'y a pas de raison d'être agressif, il en trouve tout de même une.

Et cette fois il a été la chercher loin, très loin dans son cerveau tordu. C'est ainsi que voilà Alni avec un amant, pour un CV trouvé dans son sac… Ce n'est pas seulement Alni qui va subir ses foudres, une autre famille aussi va savourer ses délires.

Le mari de Mad, une collègue de travail d'Alni, vient de perdre son travail. Depuis plus de 25 ans, il était Gérant d'un magasin d'optique, mais la maison mère, pour des raisons économiques, a décidé la fermeture de plusieurs filiales.

Mad est inquiète. L'âge de son mari étant un handicap pour trouver un autre travail et, lui n'étant pas à l'aise dans la rédaction de son CV, Mad demande l'aide d'Alni, pour la construction de son CV.

La période des Assemblées Générales bât son plein et Alni n'a pas le temps de s'occuper du CV, elle travaille même pendant ses poses. Alni décide donc, en accord avec Mad, de prendre le CV et de l'étudier durant son trajet de train. Alni se dit qu'une fois toutes les informations en place, il serait aisé de le taper en quelques secondes.

Mais Alni est fatiguée et n'a pas fini d'apporter les corrections nécessaires, le CV reste, donc, dans son sac plusieurs jours. De toute façon, Mad lui avait bien dit que ce n'était pas à une semaine près, alors Alni prend son temps. Ce fut l'affaire de 3, 4 jours, pas plus.

Alni sent bien que depuis quelques jours la tension est palpable, sans motif apparent, mais elle a l'habitude des colères de cette espèce d'énergumène, alors elle n'y prête pas plus attention que ça. Elle n'a rien fait de répréhensible, pas la moindre idée, non plus, de ce qui se passe dans le cervelle de cet animal. Pour mieux se mettre en colère, M'sieur fait mijoter "son plat" le plus longtemps possible….

Alni, pouvait-elle imaginer qu'un simple et banal CV dans son sac puisse virer au drame ? Non. Et c'est bien pour ça qu'elle a, en toute confiance, laissé ce CV dans le sac, sans prendre de précautions. Alni ne pensait pas, non plus, que M'sieur fouillait dans ses affaires, autrement, elle l'aurai caché, pour éviter la crise.

Un matin, comme tous les autres, enfin… pas tout à fait, Alni arrive au travail et sa collègue, Mad, est triste, abattue.

-"Tu ne te sens pas bien ?", demande Alni.

Aussitôt la question d'Alni finie, Mad s'effondre en sanglots. De nouveau, Alni lui demande "Qu'est-ce qui ne vas pas?"

-"Je crois que mon mari me trompe, il a une maîtresse." Alni ne sait pas quoi répondre, c'est un sujet délicat… Elle tente néanmoins de la rassurer et lui demande pourquoi elle pense ça.

- "Tu vois ce matin le téléphone sonne, je réponds et une voix d'homme de l'autre côté me dit : «Dis à ton mari qu'il laisse ma femme tranquille, sinon je le tue»".

Alni tente de rassurer Mad, en lui disant que c'était peut-être une erreur de numéro, qu'il pouvait s'agir d'un mal entendu… Alni lui conseille d'aborder clairement le sujet avec son mari… Mais Mad a pleuré toute la journée. Il faut dire que c'est désagréable de se faire réveiller par la sonnerie du téléphone et de si beau matin apprendre que son mari a une maîtresse.

Alni avait de la peine pour Mad, mais elle était loin d'imaginer qui en était la cause. Ce ne fut pas très long…

Le soir, en rentrant du travail, Alni a une surprise. Son regard de M'sieur semble injecté de sang. La haine qui déborde, sûrement. Il attend que les enfants soient couchés, et la "fête" commence… Il prend Alni par les cheveux et la traîne sur le sol en disant : "Salope, tu crois que tu vas me prendre longtemps pour un con ?"

Alni ne le prenait pas pour un con, il l'était. Un abruti de première. Il frappe, piétine, sans aucune explication. Il s'arrête, sans doute pour reprendre des forces, et recommence. Dès qu'il a fini sa besogne, c'est au tour d'Alni de lui demander des explications. Elle n'aurait pas dû, les coups se font plus violence. Tout en la frappant, il sort d'entre ses dents :

- "Tu crois que je n'ai pas vu, le CV dans ton sac ?" "C'est celui de ton amant, mais je m'en suis déjà occupé, ne t'inquiète pas!" "Mais je n'ai pas fini, il va savoir qui je suis, comment je m'appelle…"

Sans plus d'explications, Alni comprend de quoi il parle. Elle est en colère et elle ne peut pas se taire…

-"Et alors ? Quel mal y a-t-il à avoir un CV dans le sac ?"

Il recommence à frapper, mais Alni en a assez et elle continue les explications. Elle explique comment et pourquoi ce CV trouvait dans son sac. Elle lui précise bien qu'elle ne connaît même pas personnellement le mari de Mad.

Alni se justifie, toujours et encore et cette fois elle ne décolère pas. Pourquoi cet homme ne pose pas tout simplement les questions, avant d'user de la force ? Pourquoi, avant même de mettre un autre foyer en péril, il ne lui en parle pas ?

Alni conçoit que parfois des doutes peuvent apparaître et même subsister, tout comme pour Mad, si on ne clarifie pas la situation. Mais, après tout, personne n'appartient à personne. Et si une troisième personne vient s'immiscer dans la vie d'un couple, autant jouer cartes sur table pour que chacun puisse suivre le chemin choisi.

Alni ne dérage pas. Pas uniquement pour l'accusation infondée mais parce que, comme toujours, il agit en irresponsable. Un ignare.

Pendant plusieurs jours, Alni n'a cessé d'accuser M'sieur de la tristesse de Mad et lui jette en pleine face tous ses défauts. L'entêtement d'Alni a porté ses fruits, puisque quelques jours plus tard Mad, plus sereine, raconte qu'elle a reçu un nouveau coup de fil de la même personne l'informant qu'il s'agissait d'une erreur.

Alni n'a jamais eu le courage de dire à Mad que l'anonyme était M'sieur. Elle a bien essayé à plusieurs reprises, sans résultat.

Comble de l'ironie, quelques jours plus tard, Mad invite Alni chez elle. Alni n'était pas très enthousiaste, sachant qu'elle se sentirait mal à l'aise, puisqu'elle se sent coupable de la souffrance de Mad. Mais elle parle, néanmoins, à M'sieur et ce dernier est aux anges. Il est ravi, il dit oui tout de suite. La curiosité, sans doute.

Alni ne lui dit pas qu'elle n'a pas envie d'y aller, pour ne pas réveiller de nouveau "les démons". Et puis, Alni réfléchit et se dit que c'est peut-être une bonne occasion pour lui ôter tout doute subsistant, afin que le problème soit résolu une fois pour toutes. Alni craint qu'il ait encore des incertitudes.

Entant donné que pour Alni ce sera la première fois qu'elle voit le mari de Mad, le M'sieur s'en rendra bien compte qu'ils ne se connaissaient pas. Alni a surpassé son mal être et n'a rien laissé paraître. Par contre M'sieur est très à l'aise et joue même au bon père de famille. Alni se demande comment il peut toujours faire semblant.

Ce fut, malgré tout, une très belle journée. Un excellent repas, cueillette de cerises, rires… pour une fois. M'sieur a même reconnu qu'ils étaient des gens extraordinaires… voilà au moins un problème qui ne reviendra plus.

Alni a cependant le cœur lourd. Elle aurait voulu tout dire à Mad, mais elle n'a pas le courage. Depuis qu'elle sait qui a été la cause de ce coup de fil, au bureau, Alni a du mal à regarder Mad en face, elle n'a rien fait mais elle se sent coupable.

C'est aberrant. Il réussit à tout démolir…, jusqu'à la moindre petite parcelle d'un semblant de d'existence. Alni vivotait, petit à petit, elle disparaît … Comme avalée par la noirceur de toutes ces nuits sans sommeil.

Tout comme cette nuit… Une nuit d'un noir encre. Pas de lune, pas d'étoiles, rien qui puisse venir troubler les idées morbides d'Alni. Des idées obscures comme cette nuit.

Ce soir, il l'a mise dehors. Il ne fait pas très chaud, pourtant Alni n'a pas froid. Seules ses larmes qui se glacent sur ses joues, lui font rappeler que l'hiver est présent et qu'il n'est pas qu'une saison mais toute sa vie.

Les enfants sont endormis. Alni est dehors, dans le jardin, elle déambule, regarde le portail, s'approche, le touche… et recule. Elle ne peut pas partir, pas sans eux ! Elle se cache, il ne faut pas que les voisins la voient. Elle a envie d'hurler, elle ne peut pas. Ses deux mains sur sa bouche, pour étouffer les cris et pourquoi pas s'arrêter de respirer ?!

Non ! Quelle différence, partir sur ses jambes ou dans un cercueil ? Aucune. Elle n'a pas le droit. Ce soir, ici et maintenant, elle va faire un jurement : ne plus attenter à ces jours !

Il n'aura pas le dernier mot. Qui est-il ? Pas un roi, encore moins un Dieu. Il est un crapaud déguisé en homme, il ne peut donc pas avoir la force de détruire 3 vies. C'est juré, c'est promis, Alni trouvera la force pour survivre.

Alni s'agrippe au mur de la maison, de l'autre côté ses enfants dorment, sûrement. Elle tend l'oreille… elle aimerait tant entendre leur respiration, mais rien. Comme elle aimerait passer ses mains à travers ce mur, les arracher à leur sommeil et, dans ses bras, les emmener loin, très loin, de ce crapaud de malheur. Elle est fatiguée, sont corps s'écroule.

Il est 3 heures du matin, sa chair est maintenant gelée. Alni s'assieds sur les marches de la terrasse. Elle ne pleure plus. Plus de larmes, plus de forces, plus rien…

Elle entend des pas et des marmonnements. Il est là, planté devant elle et d'un ton menaçant : "rentre maintenant". Alni rentre, sans un mot, sans un regard, il ne faut pas contrarier la bête.

Au petit matin, 6 heures, Alni se lève. Elle est fatiguée, elle doit se rendre à son travail, mais essaye de trouver une boutade à raconter à ses collègues au cas où ils se rendraient compte de son état. Elle n'a pas envie que les "autres" puissent avoir connaissance de son cauchemar.

Cependant, pendant le trajet en train, elle a eu tout le temps de repasser en revue les événements de la veille et par la même une question martèle son esprit : "pourquoi continues-tu à "voiler" les agissements de cet homme ?" "Ne vois-tu pas que tu le protèges, en agissant ainsi?" "N'est-ce pas ce qu'il cherche?".

Alni ne cherchera plus "de boutade", Alni racontera, à ses collègues, la vérité. Il est temps de se réveiller, raconter, pour ne pas conforter le crapaud dans ses menées.

Curieusement, Alni n'a pas eu a raconter quoi que ce soit, dès que ses collègues l'ont vue, ils ont simplement dit : "encore lui". Ils avaient compris, ils savaient, qu'Alni vivait le martyre. C'est vrai que, à plusieurs reprises, il avait appelé au bureau, en colère, et les avaient menacés, insultés. Sans aucune raison, comme ça, gratuitement. Il suffisait de lui dire qu'Alni était occupé pour qu'il leur parle désagréablement. Le peu qu'ils ont entendu, leur a suffit à comprendre qui était cet "homme".

Malgré la noirceur nuit de la veille, un rayon de soleil est venu égayer la journée d'Alni. Ses collègues lui ont proposé de l'aide et ça lui a suffit à entrevoir de la lumière. Alni sait qu'ils ne peuvent pas l'aider, mais comme c'est agréable d'entendre ces quelques petits mots, ils ont les notes d'une douce mélodie.


Suite



Article ajouté le 2009-08-04 , consulté 63 fois

Commentaires


Séchât site : sechat.blog4ever.com/blog/index-147496.html | le 04/08/2009 à 12:43:38
Bonjour Lina,

Merci de ton petit mot gentil sur mon blog ce matin. Ca me fait toujours plaisir d'avoir un commentaire de ta part. Ne t'en fais pas, je comprend que tu aies un mois chargé. Donne moi de tes nouvelles quand tu le pourras.

Ce nouveau chapitre m'a plongé dans la tristesse, et la révolte. Je comprend que tu l'aies défendu si souvent. Quand j'étais avec le garçon dont je parle dans mon texte, je le défendais toujours avec véhémence auprès de ma famille et de mes amis. Quelquefois, j'arrivais à me convaincre qu'il n'était pas si affreux, mais la plupart du temps je savais que je le protégeais à tort. Et pourtant... il m'aura fallu du temps pour admettre que j'étais malheureuse mais sans arriver à trouver la force de le quitter. Ta situation était tellement plus difficile, avec les enfants à protéger!

Passe un joli mardi ensoleillé.

Amitiés,

Séchât.
Arc-en-ciel site : cmaterre.blog4ever.com/blog/index-313566.html | le 04/08/2009 à 20:53:11
"Le comble de l'ignoble et du monstrueux, c'est qu'il arrive à semer le doute."

Quelqu'un m'a cité cette phrase, il y a peu de temps, et je la trouve très juste.

Dans leur perversité à semer le doute, les manipulateurs ajoutent encore à l'horreur.

Merci de ton petit mot à propos de Juliana 3.

Bonne soirée, mon amie,

Arc-en-ciel
dimdamdom59 site : dimdamdom59.bloguez.com | le 05/08/2009 à 16:10:53
Enfin, je commence à voir un peu de lumière au fond de ce tunnel de l'horreur. Tu n'imagines pas comme j'ai hâte d'être au bout, je n'en peux plus de ce mec, alors que je ne le connais que par tes récits.

Je t'embrasse Lina.
Domi.
tual jean pierre site : jptualsante.bloguez.com | le 06/08/2009 à 20:08:19
Bravo Lina pour ton courage et plus encore ton sang froid en pareille épreuve. C’est donc la rencontre de la naïveté et de la brutalité, de l’ignorance qui se veut idéaliste et de la brute qui se veut décadente. Une histoire d’amour impossible et qui ne peut être qu’une histoire d’enfer. C’est la brute épaisse (et alcoolisée) dont je te parlais : l’humanité restée en germe, verrouillée par un égocentrisme pervers jusqu’à l’idéalisation de cette perversité. C’est dire le chemin qu’aurait ce diable s’il lui prenait l’envie d’être un ange. Il n’est rien à espérer de qui s’enferre lui-même et volontairement dans la méchanceté, dans une manipulation qui ne fait aucun doute et qui pourtant vous laisse en éternelle incertitude. Il n’est pire manipulateur que le drogué (alcool ou autre) parce que la drogue originelle est l’orgueil. L’orgueil seul veut écraser, dominer, humilier, avoir raison, se prendre pour l’Esprit, pour l’Idéal, coûte que coûte, qu’importe le prix et surtout du prix d’autrui. Pour aimer la Vie il nous faut tous de longues années de souffrance bien qu’il n’est pas nécessaire ni spécialement conseillé de vouloir les prolonger. Je crois sentir la fin des évènements, t’espérant sur une autre route, moins douloureuse.
Et merci à ton ami Domi, la pétillante bruxelloise. Elle est un feu d'artifice à elle toute seule, en tous cas sur mon blog.

à + TON AMI..... JP

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