Elle 15
Il est vrai que parfois Alni sommeille. De ce sommeil apathique qui anesthésie l'esprit. Le sommeil du désespoir. Mais, Alni entend, même quand elle dort, elle entend. Alni veut déguerpir, mais ses jambes sont liées au fil des ses pensés.
A tort, Alni préjuge du désir de ses enfants et elle reste dans cette geôle inhumaine, où les enfants n'ont pas le droit d'être enfants, où seul le tortionnaire se réjouit de l'aveuglement d'Alni.
"Mes enfants, pardonnez cette pauvre femme qui est votre mère, qui vous rêvait étoiles et vous transforme pierre."
Dans la tête d'Alni, les idées se brouillent. Une seule tambourine, à chaque instant : celle de détourner à tout prix l'attention de cet homme. Quitte à s'exposer elle à sa colère, pendant ce temps ses enfants auront la paix.
Alni va alors reprocher à cet homme chaque un de ses faux pas, ceux qu'elle voit. Ces reproches augmentaient les colères du roi et il oblige alors Alni à se mettre à genoux devant lui, les mains jointes comme pour prier, pour lui demander pardon. Alni l'a fait, ce n'était pas si pénible que de voir ses enfants souffrir. Juste humiliant.
C'était pendant le mois d'août, en vacances chez une sœur d'Alni. Pendant le séjour, Alni a bien senti qu'elle n'était jamais la bienvenue dans la piscine. La seule chose qu'elle ne savait pas, c'était pourquoi, mais Alni gênait. Pourquoi cette piscine n'a pas englouti cet être abject ?
Un jour lorsque qu'il arrive saoul, Alni lui reproche d'être tout le temps dans cet état. Il l'a, alors, fait monter dans la chambre, arrache son l'alliance et la jette, prend Alni par les cheveux et lui fait faire le tour de la chambre, rampant comme un ver.
Ensuite, il lui ordonne de trouver l'alliance de ramper jusqu'à ses pieds, de lui remettre l'alliance à son doigt, à genoux, tout en lui demandant pardon. Avant de descendre, il n'oublie pas les recommandations d'usage : "Que personne ne se rendent compte de ce qui vient de se passer, sinon je te tue cette nuit. N'oublie pas de te montrer heureuse, comme si on était montés pour faire l'amour."
Bien évidemment, Alni a obéit, personne ne s'est douté de rien. Malgré l'avilissement d'Alni, la fin de la journée s'est déroulée "normalement".
Aussi humiliant que cela puisse l'être, pour épargner les enfants, Alni était prête à le subir tous les jours. Malheureusement, cela n'a fonctionné que peu de temps et le véritable faux pas, Alni ne pu même pas l'imaginer.
Alni a presque oublié cet épisode mais elle ne peut oublier la vision de Marco. Lui qui aimait s'amuser dans la piscine, il se réfugiait dans le balcon et surveillait, d'un regard triste, abattu, le bassin. Alni a alors pensé que c'était la puberté, qu'il avait besoin de rester seul.
"Je sais, aujourd'hui, mon fils, ce que tu contrôlais. Merci mon grand." "Comment as-tu pu, mon fils, supporter ce lourd secret, qui a volé ton enfance et ta paix?" "Mes yeux te verront, toujours, comme l'homme d'entre les hommes, le Dieu d'entre les Dieux."
Les vacances se terminent et c'est tant mieux. De ces vacances, Alni, ne garde que le souvenir amer de l'horreur. Encore aujourd'hui, la vue des piscines l'effraye, les vacances sont, pour elle, un tourment. Elle préfère sa routine quotidienne, qui semble la protéger, du moins c'est ce qu'elle croit.
Petit à petit, elle tente se libérer de ce joug qui lui pèse, lui courbe l'échine et la démoli. Elle fait des efforts, endort son cerveau, mais au moindre tintement de campanile, elle se réveille. Le moindre sursaut la fait replonger dans le passé. La peur, maintenant, fait partie intégrante de son corps. Elle l'enferme et s'enferme.
Sortir ? Ce mot lui fait peur, ce mot anéanti toutes ses volontés. Sortir est pour Alni synonyme de disgrâce. Si elle sort une catastrophe va s'abattre sur les siens. Elle s'en défera de ces peurs, il le faut ! Mais pour l'heure, des restes subsistent et ils s'accrochent à elle comme des sangsues.
Pour certains, les sorties sont un loisir, un moment de détente, de distraction. Pour Alni, les sorties sont un tourment. Le monde extérieur lui fait peur. Pour rester entre ses quatre murs, là où elle se sent bien, en sécurité, elle donne toutes sortes d'excuses bidon. Excuses que ses proches ne comprennent pas, et ils ont raison.
En réalité, avant même d'écrire ces lignes, même Alni ne s'était pas rendu compte à quel point elle avait peur. A quel point elle était prisonnière d'une simple pensée.
Peur de quoi ? Difficile à décrire. Elle a peur du passé. Peur qu'il ne la rattrape et lui fasse revivre les mêmes cauchemars. Elle sait bien qu'il est impossible de "recommencer" le passé. Pourtant c'est ce qu'elle tente de faire. En restant chez soi, peut-elle éviter, effacer, les souffrances que ces enfants on vécu dans le passé ? Non ! Elle le sait, mais les peurs sont incontrôlables.
Elle le sent qu'à cause de son comportement, elle peut perdre les siens. C'est alors que la peur redouble, un cauchemar sans fin, qu'elle vit au quotidien. Elle qui aimait tant festoyer et être entourée, se cloître dans sa prison et prie pour que personne ne l'invite. Seule, entre quatre murs, elle déverse les larmes du désespoir, comme pour nettoyer le passé crasseux. Seule, elle se sent bien, le "monde" lui fait peur.
Dans le passé, Alni a eu le corps roué de coups, pourtant, elle n'a jamais autant souffert que maintenant. Elle souffre de son impuissance, à sauver ses enfants d'un passé pitoyable, de son aveuglement et elle voudrait pouvoir redessiner leur existence. Le souvenir, une arme si puissante qu'elle peut vous faire vivre ou vous anéantir, sans un cri, sans un tir.
Aujourd'hui, seule, devant son ordinateur, Alni est bien. Lui, ne l'a jamais trahi. Elle lui confie ses peurs, ses colères et, parfois, ses joies. C'est à lui qu'elle demande de l'aide. C'est avec lui qu'elle va enterrer le passé et, surtout, ensevelir le monstre, si profond de façon à ce qu'il ne puisse plus jamais hanter ces journées.
Pourtant, les jours, les mois, les années passent et elle n'arrive pas à effacer les souvenirs. Ils sont toujours présents. La douleur est encore, parfois, si forte qu'elle est prête à abandonner la vie pour effacer le souvenir, mais c'est impossible. Alors elle s'ensevelit vivante tant le souvenir la dévore.
Au fond, il y a bien longtemps que cet homme l'a enterrée et, pour mieux savourer sa victoire, il a laissé son ombre errer parmi les vivants. Depuis bien longtemps, Alni n'est plus qu'un simulacre, un esprit "vampiré" par cet homme.
On parle souvent, à la télévision, de ces mi-hommes mi-monstres, et ils le sont, mais il y a ceux que personne ne peut voir, entendre ou percevoir, eux sont mille fois pires. Car leur masque leur donne la force de continuer, d'aller toujours plus loin et plus haut dans leurs atrocités, sans être inquiétés. Ce fut le cas de cet "homme".
Alni le sait, tout être humain a ses défauts, ses colères et ses mauvais pas, mais l'essence même de l'humanité est d'en convenir. De ce fait, les erreurs ne seront plus, dans le futur, que des leçons de vie. Mais cela ne concerne que les êtres humains et M'sieur est dépourvu d'humanité.
Au contact de cet homme Alni aurait-elle perdu aussi son humanité ? Possible. Du moins elle a perdu tout raisonnement, toute vision claire.
Comme ce soir de 1995, la date exacte lui échappe, où ses yeux ont vu, du moins elle l'a cru, et par la suite elle a voulu se le dédire.
Parce qu'elle voulait encore croire cet homme, parce que, dans sont fort intérieur, elle s'accusait d'être la coupable de tout, elle s'est convaincue que son cerveau malade avait tout imaginé. Alors, elle s'en veut et elle efface "la maudite" vison de sa mémoire. Encore une erreur monumentale !
Alni ne veut pas culpabiliser les autres, alors elle se culpabilise et jette aux ordures toutes ses idées, qu'elle croit malsaines.
Quitter cet homme était un de ses vœux le plus cher du moment. Alors, quand ce maudit soir, lors d'une danse, cet homme voulait danser collé serré avec Fani et cette dernière s'en détache, décollant son corps du sien, sans pour autant oser refuser de danser, Alni a pensé "mon Dieu, il abuse de sa fille". Mais aussitôt elle se ravisa, "tu es folle ma pauvre fille, tu veux de séparer de lui, ne sachant pas comment tu inventes". Et elle s'en veut d'avoir eu ces pensées, et elle oublie son idée de divorcer... Elle oublie et s'oublie.
Suite


Commentaires
Séchât site : sechat.blog4ever.com/blog/index-147496.html | le 03/08/2009 à 00:33:10Bonsoir Lina,
Ce nouveau chapitre confirme mes craintes concernant tes enfants... Je ne sais pas quoi dire. Décidément, oui, ce monstre n'a rien d'humain. Et ce genre de monstre sait si bien se fondre dans la foule, mettre un masque de normalité, sans que personne ne voit son vrai visage. C'est fou!
Tu me disais que tu aimais bien les livres de Stephen King. As-tu eu l'occasion de lire "Rose Madder"? Ce livre parle d'un monstre qui maltraite sa femme. Un jour, elle a le courage de s'enfuir, mais son mari est un policier, expert de la traque, et qui ne compte pas renoncer si facilement... Jusqu'au jour ou Rose, qui se construit une vie nouvelle, achète un mystérieux tableau. J'avais beaucoup aimé ce livre, même si la lecture de ce roman m'avait remuée. Si tu penses que cela ravivera trop de souvenirs, ne le lis pas. C'est juste que ton commentaire sur cet auteur et ton histoire m'ont fait repenser à ce roman.
Merci pour ta remarque dans mes news. En effet, c'est une erreur de ma part, le lien n'était pas le bon. Grâce à toi, voilà qui est corrigé!
Je te souhaite un bon début de semaine.
Avec toute mon amitié,
Séchât.
blogcochon site : blogcochon.bloguez.com/ | le 03/08/2009 à 18:11:22
Les souvenirs seront hélas toujours là, il faut faire avec...
Didier