Elle 9
Qui peut l'aider à mettre fin à ce cauchemar ? Qu'elle bonne âme viendra à son secours ? S'il faut implorer les Dieux, Alni le fera, même si elle doute de leur existence.
Alni n'arrive pas à le voir comme un Homme. Il n'a pas de cœur, il n'a pas de tripes, il n'a absolument rien d'un être humain, juste l'apparence. Le jour il frappe, le soir, dès que son instinct animal s'éveille, Alni doit soumettre son corps à ce violeur immonde. Le simple fait de dormir à ses cotés lui donne envie de vomir.
Accomplir le devoir conjugal, est pour elle une obligation. Elle ne se refuse donc pas à ce corps de brute. Mais les draps, ses complices, eux seuls connaissent son secret. Elle les mord pour tenir, s'y entortille, pour ne pas sentir… l'autre corps sur lequel elle a envie de cracher.
Nous avons, parfois, une fausse perception des Dieux. Nous nous imaginons que les Dieux, les anges, sont là haut, dans le ciel. Mais bien souvent, ils sont tout proches de nous, ils font partie de notre vie.
Ils n'ont pas de pouvoirs extraordinaires, pas d'ailes. Ils sont tout simplement des gens comme nous qui se transforment en notre Dieu, notre Ange gardien, l'espace d'un d'instant.
Les Anges gardiens d'Alni furent Manu et Dida. Ils l'ont souvent sauvée des mauvais coups, parfois sans le savoir. Ils étaient, souvent, présents au bon moment.
Comme ce jour là où Manu parle sérieusement à JP : "Depuis des années, Alni est la seule à travailler, ça suffit. Tu dois te trouver un travail. Va passer la licence de cariste, j'ai une place pour toi, dans la boîte où je travaille."
Manu ne faisait pas que parler il agissait. Prenait les devants et, c'est lui même qui a emmené JP faire l'inscription, pour qu'il commence au plus vite à passer la licence.
Le deuxième semestre 1987 est donc une date historique, JP commence à travailler régulièrement et le fils d'Alni vient la rejoindre. Avec ses 2 enfants à ses cotés, Alni aura plus de force pour avancer.
Le calme n'est pas complet mais Alni ne se plaint pas. Elle est d'ailleurs occupée à fournir quelques notions de français à son fils. Elle y arrive, tant bien que mal, mas elle souhaite que son fils, à la prochaine rentrée scolaire, n'ait pas de classe de retard. Alni a réussi, son fils a fait sa rentrée scolaire dans la classe normale.
En plus de la place de gardiennage, Alni trouve une autre activité pour le soir, elle fait du ménage dans des bureaux. Cela lui permet d'arrondir les fins de mois, car son salaire n'est pas extraordinaire et M'sieur ne se gêne pas de le lui faire rappeler.
Il ne voit que la somme qui rentre sur le compte mais oublie que le logement est un avantage considérable, pas de loyer. Mais il est évident que cet avantage ne lui sert pas à grand chose, il ne peut en disposer à sa guise. Quel dommage, pour lui !
Il est trop sévère avec les enfants, ils n'ont le droit de rien faire, même pas s'asseoir sur une simple banquette. Alni pense, à tord, que si elle entre dans son jeu, et les grondent devant lui, il les laissera tranquilles. Sans s'en rendre compte, elle est indubitablement entrée dans son jeu. A son tour, elle devient sévère avec ses enfants. Comme elle se maudit, encore aujourd'hui !
Pour ne pas citer, rien que les rentrées scolaires, étaient un moment de peur intense pour Alni. Dès qu'il voyait la liste du matériel scolaire demandé, il criait. Il disait, les professeurs sont trop exigeants, les "gosses" n'ont nul besoin de tout ça.
Alni n'osait rien dire, d'une part n'ayant pas fait sa scolarité en France, elle ignorait s'il s'agissait d'un véritable besoin ou d'exigences, comme il le disait, et d'autre part, dès son premier mot, il disait "j'ai fréquenté l'école, je sais de quoi je parle".
Nul doute, il a fréquenté l'école mais n'y a rien appris. Alni capitule, à contre cœur, pour éviter que des disputes n'éclatent. Les enfants ont besoin de calme, autant en rester là.
Les seules choses qui font avancer cet homme : sa rage et sa jalousie maladive. Il est jaloux de tout ce que les autres possèdent ou acquièrent. Il veut suivre tous leurs faits et gestes, point par point. Aucune motivation personnelle, aucune fierté !
Il oublie qu'il est resté des années sans travailler et que pendant ce temps les autres ont pu avancer. Il veut tout, sans faire d'efforts. Dès qu'il pense à quelque chose, il faut qu'il l'acquière tout de suite.
Il n'arrête pas de se plaindre que Manu et Dida réussissent tout ce qu'ils entreprennent. Il oublie les paramètres essentiels pour réussir : travailler. C'est insensé, il est jaloux, même, de leur fer à repasser. Il veut les imiter ou être au dessus, peut importe s'il a ou non les moyens.
Comme deux espions, ses yeux scrutent tout aux alentours. Il ne faut surtout pas louper l'occasion de discerner qu'elle est la marque de leur nouveau téléviseur. C'est pathétique !
Poussé certainement plus par la jalousie que par l'envie de réussir, il parle maintenant de devenir propriétaire. L'idée plaît bien à Alni mais elle a peur. Elle le connaît bien maintenant, et elle sait que dans ses désirs il y a toujours du délire.
Pour assouvir ses envies, il fonce tête baissé en négligeant, volontairement ou involontairement, les points les plus importants : se doter des moyens pour réussir. Il est prêt à tuer pour satisfaire son ego, tant pis si d'autres paieront la note plus tard.
Ce travail de gardienne, Alni ne veut pas le faire longtemps. Juste le temps que ses enfants soient un peu plus grands et puissent faire le trajet scolaire tous seuls. Alni pense rester environ 5 ans dans cette loge et, dès que possible, entreprendre une formation dans le tertiaire.
Pour sa formation professionnelle, Alni choisi l'AFPA. Ils sont reconnus dans le milieu professionnel et ont de très bonnes formations avec remise d'un diplôme d'état, en fin de formation. Mais avant d'entamer la formation proprement dite, Alni prend d'abord des cours par correspondance, pour une remise à niveau du français.
Pour l'instant, tout ne va pas trop mal, JP a gardé son travail et Alni a pris d'autres escaliers à nettoyer, en plus de la loge et des bureaux le soir. Elle veut mettre toutes les chances de son côté, pour assurer l'avenir.
Ils entament les recherches pour "un chez eux". Bien qu'ils aient commencé les recherches par des appartements, ils ont changé d'avis, en copropriété les dépenses ne sont pas toujours contrôlables par les propriétaires, c'est une contrainte à ne pas négliger, et ont opté pour un pavillon en banlieue parisienne.
La maison a été choisie à la foire de Paris. Ce sera une modeste maison Phoenix d'environ 120 mètres carrés mais avec 1000 mètres carrés de jardin. Ils ont obtenu un prêt PAP. Les travaux peuvent débuter…
Alni est contente mais la peur ne la lâche pas. Elle est consciente que pour s'installer dans la nouvelle habitation, il y aura des moments très difficiles.
En quittant le logement, elle perd du même coup l'emploi. Pendant la durée de la formation elle aura un salaire mais est-ce suffisant ? Tant de questions l'assaillent. Elle n'a pas peur de ne pas arriver, non. Elle a peur des colères que M'sieur fera, lorsque l'argent se fera rare en fin de mois.
Affronter ces moments difficiles, elle peut. Mais lui, les supportera-t-ils sans heurts ? Il a trop l'habitude de faire payer Alni quand l'argent manque, même si c'est lui qui l'a dépensé.
Alni parle des ses craintes à JP mais lui est toujours sûr de tout "Il n'y aura aucun problème". Alni n'est pas rassurée du tout, son assurance lui montre à quel point il est inconscient.
Il ne se rend même pas compte qu'il y aura un moment de flottement, entre la fin de formation d'Alni et la reprise d'un travail. En attendant, il n'y aura qu'un seul salaire… Mieux vaut essayer d'oublier, pour l'instant.
Il y a tant de choses à s'occuper, son travail, les cours, les enfants et le week-end les travaux dans leur future maison, qu'Alni n'a plus le temps de s'attarder sur les détails des futures complications.
De toute façon, même en s'y attardant, que peut-elle faire ? Rien, absolument rien. Les cartes sont distribuées et elle n'est pas le croupier. Quelqu'un d'autre détermine et contrôle les règles du jeu. Elle joue avec des règles d'emprunt d'où elle sortira perdante à tous les coups. Alors, elle fait tête basse et suit, sans broncher.
Alni ne sait pas si c'est de la jalousie ou de la méchanceté mais elle ne peut même plus avoir une conversation avec ses enfants sans que cela ne tourne à la dispute. Il l'accuse de trop les protéger, d'être trop proche d'eux, de céder à tous leurs désirs…
Pauvres enfants, s'ils n'ont même pas le droit d'existence, comment peuvent-ils avoir des désirs ? Avec lui, ils n'ont pas plus de place qu'un meuble. Il leur dit quand et comment bouger, dans la maison. Seul lui, le roi, a le droit de tout faire, de tout casser.
Le plus ignoble, l'abjection suprême, il casse et accuse les enfants. En cachette il les incrimine auprès d'Alni pour qu'elle sévisse. Pensant qu'il disait la vérité, Alni l'a souvent crû, cependant Alni commence à comprendre. C'est un menteur, un manipulateur, elle ne doit pas l'écouter.
A partir de maintenant, Alni ne réprimandera pas systématiquement les enfants, dès qu'il y a une accusation. De toute façon, ses admonestations sont déjà démesurées, pas besoin d'un second sermon. Petit à petit, Alni tiendra bon.
Alni se souvient du jour où, à un feu rouge, il percuta l'arrière d'une voiture et aussitôt se retourna, vers le siège arrière, frappa Fani, prétendant que c'était sa faute. Elle n'avait que 5 ou 6 ans ! Même quand il conduit mal, c'est la faute des autres. Il est ignoble. Tous les prétextes sont bons pour se sentir puissant. Cela flatte certainement son ego de culpabiliser puis frapper les autres.
Pendant le temps de la construction, il s'est tenu plus au moins tranquille. Sans doute, la fatigue. Ils ont travaillé tous les week-end dans le pavillon, puisqu'ils ont en charge toute la décoration intérieure, carrelage, peintures, papiers peints, etc… Leurs économies étaient restreintes, pour une livraison prête à l'habitation.
JP a beaucoup travaillé dans la maison mais Alni n'a pas non plus économisé ses forces. Sous un soleil de plomb, elle a creusé des tranchées, la paume de ses mains n'était qu'une plaie sans peau. Elle pose du carrelage, fait de la peinture, pose du papier peint.… parfois la fatigue l'a gagne…
D'autant plus que l'été 1991, Alni a pris beaucoup de remplacements, pour assurer les dépenses de l'aménagement qui se fera dans quelques mois. La construction est pratiquement achevée, ils ne vont pas tarder à déménager.
Tout ce qui compte pour Alni, avoir un chez soi. Elle est fatiguée mais fière du travail accompli.
Novembre 1991, ils déménagent...
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Commentaires
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le 25/07/2009 à 10:50:45
Je réalise avec effroi qu'une grande partie de ta vie a été une horrible prison. Les manipulateurs jaloux, pervers et violents sont avant tout des faibles et des lâches mais ils sont si habiles qu'il parviennent même à culpabiliser leurs victimes.
Heureusement que sur ta route, tu as rencontré tes anges gardiens. Je suis d'accord avec toi pour dire que nos anges gardiens, ce sont toutes ces personnes qui son apparues au bont moment dans notre vie, pour nous donner ce petit coup de pouce dont nous avions bien besoin, ce petit signe d'encouragement.
Je te souhaite un bon week-end ensoleillé, mon amie,
Arct-en-ciel
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le 25/07/2009 à 16:36:23
Encore une fois, je suis bouleversée. Ton histoire, et des évènements récents font remonter des souvenirs douloureux à la surface. J'ai beaucoup de peine en te lisant. J'ai conscience de la chance que j'ai eu d'être partie à temps, avant d'être emprisonnée pour de bon. En ce moment, je repense à mon passé, j'en souffre.
Un tel enfer, ce n'est pas humain. Heureusement, il existe des personnes bienveillantes pour apaiser notre quotidien. J'en avais aussi rencontré à l'époque, et je comprend donc bien à quel point cette aide, ces coups de pouce, sont précieux. Savoir que malgré tout, tu as croisé le chemin de personnes protectrices me soulage.
Pardonne moi de te faire ainsi partager le poids des souvenirs qui me hantent, mais ton histoire me rappelle tellement, tellement de choses...
Je te souhaite de passer un doux week end, à très bientôt.
Avec toute mon amitié,
Séchât.