Elle 8


Elle n'attend pas l'ascenseur. Quatre à quatre, elle monte les marches qui la mènent au 4ème étage. Le spectacle qui se déploie devant ses yeux ne lui plait pas, elle a peur de ce qu'elle va voir dans l'appartement.

Les pompiers maîtrisent le fou avec une sangle. Il est excité, frappe les pompiers et crie des phrases incompréhensibles. Les pompiers posent des questions à Alni mais elle ne leur répond pas. Elle continue son chemin comme si personne d'autre n'existait, à part elle. Elle n'a qu'un but, un désir, voir son bébé.

La porte est ouverte et il y a d'autres pompiers à l'intérieur. Où est son bébé ? Elle se précipite vers le lit de sa Fani. Elle est là, les grands yeux ouverts, le regard perturbé, certainement par le vacarme, mais indemne.

Dans l'appartement, il y a beaucoup de dégâts. Même le meuble sous l'évier est cassé, mais quelle importance ?! Fani va bien c'est le principal.

Alni prend Fani dans ses bras et va répondre aux questions des pompiers. Ils veulent savoir ce qu'il a… Elle ne sait pas quoi répondre, elle ne sait pas ce qu'il a. Elle leur raconte, en détail, les événements de la soirée. Leur seul commentaire : "Il est fou" et ils sont partis.

Le "fou" est transporté par les pompiers à l'hôpital le plus proche, Tenon. Néanmoins, Tenon a refusé de le garder et il a été transféré à l'hôpital Sainte Anne.

Alni n'a plus le souvenir de qui l'a informée de ce transfert. Tout ce dont elle se souvient : elle devait se présenter dans cet hôpital. Alni ne connaît pas ce qu'est exactement cet hôpital. Elle ne savait pas que c'était l'endroit où l'on enferme les "fous".

Comme convenu, Alni se présente à l'hôpital. Manu, son beau frère, et Dida, sa sœur, l'on accompagnée.

Un médecin reçoit Alni et lui pose la question, entre autres : "Voulez-vous le reprendre ?" Alni ne sait pas quoi répondre d'autre, elle dit oui, croyant que c'était une obligation. Puisqu'il "est" son mari, elle se croit obligée de reprendre cet homme. Le médecin ne lui a pas expliqué grand-chose. Il ne lui a pas dit si elle avait ou non le choix.

Alni est encore déboussolée… Et puis, le mariage, c'est un engagement. Si elle avait su…. Elle aurait fait le bon choix. Mais c'est toujours plus tard, bien trop tard, que l'on prend connaissance de ce qu'est le bon choix.

Ils rentrent donc à la maison. Lui tête baissé, ne disant pas un mot, comme si il avait honte. Mais Alni sait que ce n'est pas ce sentiment qui lui fait baisser la tête. C'est la rage et en même temps l'impuissance de recommencer, sous peine d'y retourner.

Pour l'heure, Alni s'occupe le remettre de l'ordre dans l'appartement et envisage de réduire le temps de travail pour être plus présente auprès de Fani.

Depuis quelques jours, il y a un semblant de tranquillité. Il en veut à Alni de son séjour à Sainte Anne mais il n'ose rien faire, juste quelques invectives dans ses phrases. Après tout, ce n'est pas Alni qui a demandé à ce qu'il y soit interné. Ce n'est même pas elle qui a appelé la police ni les pompiers, ce sont les voisins.

Alni sait qu'elle va devoir payer pour ça mais, pour l'instant, elle tente d'oublier.

Maintenant, Alni ne travaille que le "matin", de 8 heures à, environ, 15 heures. Lui, il a trouvé une place de serveur dans un restaurant. Une place qu'il ne gardera pas longtemps mais, en attendant, Alni aura du répit pendant ses absences et ce sera toujours ça de gagné.

Toute l'organisation est à revoir, il faut trouver une nourrice. Alni trouve une offre de garde d'enfants dans les petites annonces de la boulangerie. Lors du rendez-vous la personne semble gentille, elle lui fait visiter sa maison et montre la chambre où Fani allait se reposer. A la vue des lits superposés, Alni n'est pas rassurée et recommande à la future nounou de ne surtout pas mettre Fani sur le lit du haut. Alni a peur que son bébé tombe.

Alni est peut-être paranoïaque, elle voit le danger partout, maintenant. En plus, elle a cette sensation que chez elle un malheur n'arrive jamais seul. Comme si… "Un malheur peut en cacher un autre" Ce qui n'est pour l'instant qu'une sensation, va bientôt devenir la triste réalité de la vie d'Alni. La loi des séries ne va plus la quitter.

Quelques jours plus tard, la nounou dit à Alni que Fani était tombée du lit. La nounou n'avait pas tenu compte des recommandations d'Alni. Fani n'a rien eu mais elle ne retournera pas chez cette nounou. Il faut trouver une autre.

Alni est confiante, la nouvelle nounou est femme de gendarme, elle habite même dans les immeubles juxtaposés à la caserne, boulevard Mortier.

A ses dépends, Alni a appris qu'être femme de gendarme ne signifie pas être quelqu'un de bien. Peu importe votre métier, votre couleur, ou la grandeur de votre bourse, vous êtes quelqu'un de bien ou pas.

Le matin c'était monsieur qui déposait Fani et Alni allait la récupérer vers 16 heures. Un jour en arrivant chez la nounou, Alni trouve Fani déjà habillé, cagoule sur la tête, prête à partir. Cela n'interpelle pas trop Alni, elle se dit que peut-être elle a un peu retard. Mais, sur le chemin, Fani refuse de marcher, pleurniche. Alni, pensant qu'elle est un peu fatiguée, prend Fani dans ses bras.

Ce n'est qu'à la maison qu'Alni se rend compte de ce qui n'allait pas. Après avoir enlevé le manteau et la cagoule, Alni va préparer le goûter. Lorsque face à sa fille, pendant que celle-ci goûtait, Alni la regarde bien en face et trouve ses oreilles bizarres. Alni s'approche et voit que les oreilles sont carrément décollées. Un liquide transparent coule, le tout n'est plus qu'un amas de chair rouge. En voulant regarder de plus près, Alni s'aperçoit du manque de cheveux sur la tête de Fani. Il y a des trous aussi grands qu'une pièce de 5 Frs.

Sans plus attendre, Alni appelle la nourrice pour avoir des explications. La nourrice dit que Fani s'est renversé un liquide, sans spécifier lequel, sur la tête et elle lui a lavé les cheveux. Alni n'en croit pas un mot. Quel liquide peut arracher des cheveux, et mettre les oreilles dans cet état, sans avoir abîmé le cuir chevelu ?

Affolée, Alni regarde le reste du corps. Des traces de lanières allant d'un côté à l'autre de ce petit corps, certainement un martinet. Des traces de mains, de grosses mains, sont gravées sur sont corps. La trace des mains est si nette que pour peu les empreintes seraient lisibles. Le corps de sa fille est "noir" de coups.

En panique, Alni appelle sa sœur et son généraliste. Dès l'arrivée de Dida, elles vont voir le médecin. Ce dernier dit que Fani a été battue, qu'il ne peut rien faire, et qu'elle doit de toute urgence être emmenée dans un hôpital.

De chez le Cabinet du médecin, Alni et Dida partent pour l'hôpital Trousseau. Le regard des médecins est accusateur, comme si ils avaient à l'esprit que c'est Alni qui a battu sont enfant. Alni s'en fou, tout ce qu'elle veut qu'ils s'occupent de sa fille.

Alni a le cœur lourd, Fani doit rester hospitalisée. C'est la deuxième fois qu'elle fait un séjour à l'hôpital Trousseau. La première hospitalisation est due à des convulsions. Pas étonnant ces convulsions, vu les disputes, indirectes, qu'elle subit. Mêmes les adultes fléchissent, alors un enfant vous pensez.

Fani sort de l'hôpital, une semaine plus tard. Une enquête sociale est ouverte, à la demande, soit de l'hôpital, soit du médecin généraliste. C'est désagréable mais cela permet que Monsieur se tienne à carreau.

Alni et M'sieur, ont porté plainte contre la nounou. Sans résultat aucun. Comme l'a si bien dit le Commandant de la Brigade des Mineurs, les gendarmes sont, encore de nos jours, protégés.

Malgré 2 rapports du médecin légiste de Trousseau, indiquant l'heure à laquelle l'incident a eu lieu, entre 11 h et 13 h, malgré le fait qu'il ait été prouvé que les parents se trouvaient sur leur lieu de travail, la, ou les, coupable n'a absolument pas été inquiétée.

Aujourd'hui, une question revient sans cesse dans l'esprit d'Alni. Même si l'enquête sociale l'avait totalement innocenté à l'époque, Alni se demande : Serait-ce M'sieur qui a frappé sa fille ? Une question à laquelle jamais elle n'aura de réponse….

L'enquête sociale dure dans le temps, mais elle a ce côté positif que permet à Alni de respirer. Les altercations et les coups sont plus rares et moins violents.

Ils ont même envisagé de partir en vacances au Portugal. Quelle douce mélodie, Alni va pouvoir voir son fils. Ca fait si longtemps qu'elle ne le voit pas.

Pour une toute autre raison, indirectement lié à M'sieur, voilà un rêve qui va se transformer en cauchemar.

Cela fait 2 jours qu'ils sont arrivés. Le frère d'Alni est très malade, elle est à son chevet. Il bouge à peine, Alni lui tient compagnie.

Pendant ce temps, comme convenu, M'sieur devait surveiller Fani. Quelle erreur monumentale Alni avait commis. Encore aujourd'hui, elle ne se la pardonne pas.

Alni aurait dû savoir que cet homme était un incapable. Au lieu de surveiller Fani, il écoutait de la musique dans sa voiture !

Des cris font sursauter Alni. Elle court dehors voir ce qui se passe. Une voiture venait de renverser Fani, l'ayant traînée pendant plusieurs mètres, elle ne bouge plus.

Ici, les secours sont longs alors mieux vaut ne pas attendre. Ils sont montés dans la première voiture, Fani dans les bras, direction l'hôpital. Encore un mois d'hôpital et les séquelles que plus jamais elle ne s'en débarrassera. Des traces sur une de ses jambes, des traces comme des brûlures, dues au trop long frottement sur le sol.

De retour en France, Alni prend la décision de quitter son travail. C'est un travail qu'elle aime mais sa priorité va envers sa fille. Elle prendra une loge de gardienne le temps de l'élever et pour sa "carrière" elle verra plus tard. D'autant plus qu'elle peut, faire d'une pierre deux coups, faire venir son fils en France.

C'est par Dida, sa sœur, qu'elle obtient une place de gardienne. Dida travaille déjà pour cet employeur, alors c'est plus facile.

Pour trouver la place, pas de difficulté, mais vivre tous les jours, 24 heures sur 24, avec cet homme ça va être l'enfer.

D'autant plus qu'il est de nouveau oisif. Il aura tout le temps de s'acharner sur eux. Cet homme est si violent, si imprévisible que même une bonne nouvelle peut le mettre dans une rage folle.

Si l'envie de tuer était un crime, Alni serait condamné à mort, même si dans ce pays cette peine n'existe plus.

Cet homme est son cauchemar, l'envie de meurtre hante ses nuits. Tant de fois elle l'a tué, dans ses rêves. Tant de fois, à son réveil, elle a cru son cauchemar terminé… Mais la journée commence et, toujours de plus en plus violent, le cauchemar continue.


Suite



22-07-2009 | 303 vues

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Commentaires


Arc-en-ciel
site/blog
le 23-07-2009 à 10:25:25
Bonjour Lina,

Je viens simplement te souhaiter une bonne journée. J'espère que tu te sens mieux aujourd'hui.

Avec toute mon amitié,

Arc-en-ciel
Séchât
site/blog
le 24-07-2009 à 12:15:17
Bonjour Lina.

Encore une fois, je suis révoltée par les évènements que tu décris! Maltraiter un enfant... il n'y a pas de mots.

Et tu es décidément trop gentille, Lina. Reprendre ton époux! Il faut dire que si j'ai bien compris, les médecins n'ont pas vraiment pris le temps de t'expliquer ce que tu pouvais faire. C'est une honte! En voyant sa violence, ils n'auraient jamais du le laisser repartir avec toi.

J'ai beaucoup de peine pour ta fille, et son accident. Je n'arrive pas à en croire mes yeux, tout ce que tu as subi... J'en reste sans voix.

Merci pour tes commentaires, passe toi aussi une belle journée, avec de l'inspiration pour tes textes et un beau soleil.

Amitiés,

Séchât.
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