Elle 6

Alni l'a compris bien trop tard, que rien ni personne pouvait faire changer JP. Même pas le mariage comme elle l'avait imaginé. Jamais, au grand jamais, on ne peut transformer un scélérat en un homme.

Malgré toutes ses promesses, il est toujours sans travail, 2 mois après leur mariage. Ils ne peuvent pas payer le loyer, ils doivent quitter la pièce que leur servait habitation.

A présent, ils n'ont ni logement, ni de quoi s'alimenter. Ils sont à la rue. Alni était une sans papiers, maintenant elle est une sans abri. Pas facile lorsque on est enceinte. Elle n'a même pas vu un médecin pour sa grossesse.

Ils ont trouvé un hébergement, pour quelques jours, chez un "ami" de la mère de JP. Il a bien voulu les héberger pour quelques jours, mais sans leurs affaires. Alni a dû trouver une cave pour les y déposer.

Noël approche. La sœur d'Alni les invite à passer noël chez elle. Quelle aubaine. Au moins, noël elle ne le passera pas dans la rue. Ils partent pour la Normandie, Petit Quevilly, tout près de Rouen.

Jusqu'à leur arrivée, la sœur d'Alni ignorait toute la situation. Les coups, la perte du logement, la grossesse, elle ignorait absolument tout.

Quand la sœur d'Alni a su pour la perte du logement et pour la grossesse, elle a proposé de les héberger. Alni a volontairement omis de lui raconter les accès de violence de J.P. Mais la sœur d'Alni n'a pas eu besoin de beaucoup de temps pour se rendre compte que JP la bat. Peu de jours après leur arrivée, il a aussi porté la main sur le neveu d'Alni qui n'avait alors que 3 ans. Il le pince, pour rien, gratuitement. Quelle lâcheté !

Le repas de Noël se passe chez des Amis, la belle famille de la sœur d'Alni. Ce sont des voisins du pays. Bien que le jour du réveillon beaucoup de choses soient permises, il y a pour Alni, néanmoins, des règles à respecter et JP les a toutes dépassées, ce jour là. Il ne connaissait même pas les gens chez qui il mangeait, mais il s'est permis de les insulter.

Disons qu'il avait bu un coup de trop, mais ce n'est pas une excuse. Quand on ne supporte pas l'alcool, on s'abstient. Puis c'est au tour d'Alni d'être insultée et menacée de coups. Pour que les choses ne s'envenimement pas, le beau frère d'Alni a décidé de passer la nuit à ses cotés. Le lendemain J.P. n'avait aucun souvenir de la veille.

Les fêtes sont passées, retour à la vie de tous les jours.

Alni n'aime pas trop la Normandie mais elle n'a pas le choix, c'est la Normandie ou la rue. Surtout, qu'elle va devoir rester "toute seule". Sa sœur et son beau-frère viennent de trouver un meilleur emploi sur Paris. Malheureusement, Alni vient d'arriver et sa sœur doit partir.

Pour la première fois, Alni va voir un médecin pour sa grossesse. Le médecin n'est pas très confiant. Certainement qu'Alni va devoir être hospitalisé pendant le reste de la gravidité.

Au cours de la deuxième visite le médecin se trompe de calcul des dates de gestation. Alni maudit le médecin, puisque son calcul a donné naissance au début d'un cauchemar.

Alni peut comprendre les doutes, ce qu'elle n'admet pas ce sont les coups. Il l'a tellement roué de coups qu'elle ne peut plus marcher. Tel un serpent, elle est obligée de ramper au sol. Alni se traîne, fait des efforts surhumains, pour rejoindre la chambre qui se trouve à l'étage.

Bien qu'il lui soit difficile de monter l'escalier à la manière d'un verre de terre, il faut rejoindre la chambre en évitant, à tout prix, que les marches ne touchent son ventre. Cet ange dans son ventre, elle doit le protéger.

Comme la vie peut être injuste, un être qui n'est même pas encore né se trouve déjà en danger. Serait-ce ce que l'on appelle la loi des séries ? Le destin ?
La souffrance comme vecteur d'hérédité ?

Alni n'y croit pas. Même si c'était vrai, pour l'hérédité elle n'y peut rien mais, pour les 2 premières, Alni veut conjurer le sort.

Alni pleure son fils absent. Dans l'ombre de la nuit, sa plus fidèle amie, elle pleure sans retenue. Le jour, elle s'isole et pleure pour noyer son chagrin dans la mer de larmes qui l'aveuglent.

Des tourbillons de questions l'assaillent. Qu'a-t-elle à offrir à son fils ? Et à ce petit bout dans son ventre ? Pour ce petit, le futur est déjà teinté de gris.

Alni sait, maintenant, que sa mère n'agit pas avec son fils comme avec elle, cela peut la rassurer un peu. Mais cet enfant qui va naître n'a d'autre protection qu'elle, alors qu'elle-même est désemparée, perdue, effacée.

Malgré cela, elle va luter. Pour ses enfants, elle veut autre chose qu'une vie ressemblant à la sienne. Ils auront autre chose. Pour sûr ils auront l'amour d'une mère. Ou alors mieux vaut la mort.

La mort, un mot qui fascine Alni, sa délivrance. Mais elle n'a pas le droit, du moins, elle ne se l'octroiera pas.

Elle a des responsabilités. Défendre et accompagner ses enfants jusqu'au bout, même si cela devait la mener à sa perte. Elle encaissera les coups, elle lutera contre la faim, elle affrontera les dangers.

En ce moment, son ventre est tiraillé par des douleurs et par la faim. Cela fait plusieurs jours qu'elle n'a pas eu un vrai repas. Un peu de pain par ci un fruit par là, ce sont les seuls repas de la journée.

La moitié d'homme qui partage sa vie ne cherche pas du travail. Par contre il incite Alni à un trouver un. Alni obéit.

Toujours cette maudite éducation : "obéir à son mari". Alni sait, pourtant, que sa mère à tort de dire ça, pourquoi n'arrive-t-elle donc pas à s'en défaire de cette éducation ?

Quoique, Alni obéirait aux moindres désirs de celui qui tient place de mari si ce dernier était un vrai Homme et un vrai Mari. Ce qui n'est pas le cas.

Il faut être fou pour croire qu'un employeur va engager une femme qui va accoucher dans quelques mois. Alni a bien eu plusieurs rendez-vous mais dès la rencontre physique c'était un non catégorique.

Alors, la moitié d'homme lui suggère d'aller voir une assistant sociale. Mais Alni n'a pas le temps de le faire, la grossesse se passe mal, Alni doit rester à la clinique, sous surveillance médicale, pendant tout le reste de sa grossesse.

Qu'il sera long, ce séjour… Nous ne sommes qu'au début du mois de mars et l'accouchement n'est prévu que pour fin juin.

D'un autre côté, Alni aura, au moins, un moment de répit. D'autant plus que son beau-frère, Manu, vient de "forcer", sans force bien sur, le sous-homme à travailler sur Paris. Des missions d'intérim. Manu en avait mare de le voir glander.

Alni est constamment reliée à une machine, avec plein de fils collés sur son corps, elle n'aime pas ça. Elle n'a pas, ou peu, de visites. Normal, sa sœur est loin et ne peut se déplacer tous les jours. Mais, elle vient, le week-end. Par contre, une assistante sociale vient la voir quasi quotidiennement.

Un mois passe, deux mois… Alni en a assez. A la mi-mai, elle décide de s'échapper de la clinique. Elle surveille le va-et-vient des infirmières, met ses affaires dans un sac et se recouche, puisque, c'est l'heure de la piqûre.

Dans l'après-midi, après le passage des infirmières, Alni va être tranquille pendant un bon moment. Elle débranche les appareils. Regarde dans le couloir, aucun médecin, aucune infirmière, elle s'en va tranquillement.

La clinique n'étant pas tout près, il faut prendre le bus. Alni n'a pas d'argent sur elle, alors elle gruge, prenant le bus sans ticket. Ce n'est pas beau, pas bien, mais c'est la seule alternative qui s'offre à elle.

Sans autre souci en tête, elle rentre tranquillement chez elle. Jamais elle n'a eu dans l'idée que la clinique, allait la chercher, se préoccuperait de sa disparition.

A peine une heure qu'elle est rentrée que quelqu'un sonne. C'est sa voisine, avec qui elle a passé les fêtes de Noël, Rosi. Elle lui dit que la clinique vient de l'appeler, qu'ils sont inquiets.

N'ayant pas trouvé Alni dans la chambre, ils ont appelé un peu partout. Sauf chez Alni, puisqu'elle n'a pas le téléphone. Rosi fait la morale à Alni et rappelle la clinique, pour les rassurer.

Malgré tout, il y a quand même des gens extraordinaires qui entourent Alni. C'est la clinique qui fait les démarches, afin qu'une infirmière passe 2 fois par jour à son domicile. Rosi aussi, à partir de ce jour là, est souvent présente dans la vie d'Alni. Elle va l'aider à plusieurs reprises.

Il y a des jours qui, quoi qui se passe, sont magnifiques. La pluie peut tomber, l'orage peut gronder, le ciel peut s'écrouler, même la mort ne pourra dissiper cet éblouissant soleil qui vous rempli le cœur.

Aujourd'hui c'est un jour ça pour Alni, un jour d'allégresse. Au diable les problèmes, rien ne viendra gâcher sa joie. Cette joie n'est pas une joie passagère, c'une joie qui restera en vous, comme un doux souvenir éternel, jusqu'à la fin de vos jours.

Cette joie est descendue du ciel, tout droit venue dans les bras d'Alni, pour la vie entière. Alni est mère d'un petit Ange, fragile et doux. Dans son regard Alni lit tous les plus beaux discours du monde.

Cet Ange est entré dans sa vie le 14 juin 1983. Cet Ange est très certainement venu reconstruire une vie, rassembler les morceaux d'un cœur fracassé. Alni le croit.

"Fani, mon Ange, quand je te regarde je vois tant de beauté que les 7 merveilles du monde rougirait de honte en te voyant."

Alni a maintenant deux trésors, deux trésors inestimables, qu'elle doit conserver précieusement. Pour eux, elle ira jusqu'aux confins de la terre chercher la paix. Pour eux, elle lutera contre vents et marées. Pour eux, elle peut cesser d'exister.

Le rêve occupe l'esprit d'Alni, elle oublie la faim, le désarroi, elle s'oublie. Mais, dans un monde de brutes, les rêves sont de courte durée.

Alni doit revenir au présent, il n'y a pas suffisamment d'argent pour nourrir correctement sa douce Fani. Il faut surmonter sa honte, il faut oublier sa fierté, il faut s'oublier et aller voir une assistante sociale. Il faut quémander, Alni abomine.

Mais, qu'est-ce la honte, qu'est-ce la fierté à côté de son désir de bien-être pour son enfant ?

Il y a des moments où l'amour-propre doit être avalé de force ou de gré. Pas de place pour lui, dans le cœur d'une mère, qui se doit d'avoir comme unique souci : alimenter son enfant.

La dignité s'acquiert à force de batailles, de combats et dans les combats il n'y pas q'une seule règle absolue. Alni part alors au front, prête pour la bataille. Et la voilà devant l'assistante sociale.

Alni pense le mauvais moment derrière… l'assistante sociale, très compréhensive et très avenante, lui a accordé 5 000 Frs. Alni n'en reviens pas, qu'elle lui ait accordé cette somme, c'est un joli magot.

Alni se croit à l'abri du besoin pour un moment. Un peu de tranquillité, après l'accouchement ça va lui faire du bien… enfin, si le sous-homme qui est à ses côtés ne se met pas à le gaspiller dans n'importe quoi.

Cet "homme" est avide d'argent, pourtant il ne fait rien pour en gagner. Doit-on appeler "homme" à une espèce du genre ? Et bien Alni pense qu'il ressemble plus à un parasite qu'à un homme.


Suite



Article ajouté le 2009-07-20 , consulté 58 fois

Commentaires


Séchât site : sechat.blog4ever.com/blog/index-147496.html | le 21/07/2009 à 19:00:28
Bonsoir Lina.
Merci pour tes commentaires sur mon blog. Pour être honnète, j'ai mis beaucoup de moi dans ma série de textes de la "Fille bizarre". J'adore le thé à la pomme et au litchi, je me sens toujours plus détendue après un bon brushing sous le sèche-cheveux et ma couleur préférée est le mauve!
Il est vrai que je me suis souvent sentie comme étant étrange, par rapport aux autres. J'ai tendance à être solitaire, j'ai des difficultés à dire aux autres ce que je ressens. Je me suis longtemps considérée comme étant cette fille un peu bizarre. Mais j'ai réalisé que c'était une bonne chose que l'on soit tous différents. La diversité est un cadeau.
Pour l'orthographe, Peste Noire n'avait pas tort, j'ai tendance à me laisser emporter par mon texte et à être étourdie. Depuis sa remarque, je fais attention à toujours écrire avec un correcteur d'orthographe, ce qui aide beaucoup.
Merci pour ce nouveau chapitre, qui m'a une nouvelle fois beaucoup touchée. J'espère ne pas dire quelque chose qui te rendra triste, mais je suis moi aussi née en 1983, au mois d'août. Je suis sidérée de voir que tu as finie dans la rue, enceinte, à cause du comportement de cet "homme". Je suis de ton avis, on ne peut décemment pas l'appeler ainsi. Un exploiteur, un parasite, un manipulateur!
J'ai peur de lire la suite... J'ai le sentiment que la vie t'a réservée d'autres souffrances, pourtant j'aimerais tellement un happy end!
Je te souhaite de passer une belle soirée, à très bientôt.
Avec toute mon amitié,
Séchât.

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