Elle 5


Dès son arrivée, à peine a-t-elle ouvert la porte qu'aussitôt, elle sent que quelque chose ne va pas. Personne dans la chambre. Au premier regard, rien n'est déplacé, rien ne manque. Elle n'a rien vu d'anormal, pourquoi donc cette sensation ?!

D'ailleurs, est-ce une sensation ou bien une certitude ?! Alni cherche ce qui peut la perturber à ce point. Un coup d'œil par ci, un coup d'œil par là. D'accord, le ménage n'est pas fait, le linge propre et sale mélangé traîne sous et sur le lit, mais elle a l'habitude, J.P. est négligent. Il ne s'agit donc pas de ça. C'est autre chose, mais quoi ?

Alni n'a ni la force ni l'envie de s'occuper de ca maintenant, ses idées ne sont pas bien en place dans sa tête, elle est encore très faible. Elle décide donc de laisser tomber et va prendre une douche.

Alni a envie d'aller voir Fati et comme il fait chaud elle veut mettre des vêtements légers. Elle va dans le placard chercher sa petite jupe jaune, elle ne l'a trouve pas. Il y a un désordre fou, dans ce placard. Encore un de ces passages de JP qui ressemblent à un ouragan, pensa-t-elle. Pas le temps le chercher, ni l'envie de ranger, elle prend autre chose.

En sortant elle croise la concierge qui l'interpelle : "Vous comptez payer le loyer quand ?" Payer le loyer ? JP ne l'a donc pas payé ? Alni commence à comprendre les serrements de cœur qu'elle a eu en rentrant.

La concierge continue "Vous savez aussi que les va-et-vient sont interdits dans la chambre" "Ce n'est pas une boîte de nuit". "Je vous averti, si cela continue, vous serez obligée de quitter la chambre".

- "Je sais madame. Veuillez m'excuser, cela ne se reproduira plus. Je reviens tout de suite vous payer." Alni paya le loyer avec le dernier sou qui lui reste. Elle n'a plus rien, même pas pour manger.

Alni ne dit même pas à la concierge qu'elle était absente, elle craint qu'elle ne lui retire la chambre tout de suite.

Alni n'a plus envie d'aller chez Fati. Elle paye le loyer et remonte dans sa chambre abasourdie. Elle s'allonge sur le lit, peste et pleure, en attendant l'arrivé de JP. Alni pense qu'il ne va pas tarder à rentrer et elle va lui demander des explications. Où est passé l'argent qu'elle lui avait laissé pour payer le loyer ?

Seule, Alni repasse en boucle la "pellicule" de sa vie. Loin de la personne qu'elle aime le plus et proche d'une autre qu'elle ne comprend, le film qu'elle visionne n'est guère attrayant. Cette vie ne lui plait pas. Elle se doit de luter pour son fils, pour une vie meilleure, une vie digne.

Mais, devra-t-elle luter pour quelqu'un qui ne veut pas s'aider lui-même ? Bien sûr, elle se souvient avoir fait une promesse. Mais, doit-elle tenir cette promesse, au péril de sa vie ? C'est un prix qu'elle n'est pas prête à payer.

Alni a envie de rêver. Endormie, réveillé, peut importe, l'important c'est de rêver. Dans sa tête il n'y a pas de frontières pour le rêve, combien même il y en aurait, Alni les franchirai.

Seulement, depuis la vie commune avec cet homme, les rêves s'évanouissent. Assumer seule les dépenses pour deux, supporter ses caprices, ses sauts d'humeur et subir les coups, c'est trop. D'autant plus qu'elle tient à envoyer de l'argent à sa mère, pour subvenir aux besoins de son fils. Elle doit agir, pour l'instant elle ne sait pas de quelle façon, mais il le faut, sa vie en dépend et celle de son fils aussi.

Alni s'est un peu assoupie et J.P. finit par rentrer. Les explications qu'il vient de lui donner sur ce qui c'est passé, exaspèrent Alni.

Pendant son absence, non seulement, il a fait la fête dans son appartement, avec son ex-petite amie, il n'a pas cherché un travail et il a, de surcroît, donné des vêtements appartenant à Alni à son ex.

"Bia pardonne-moi, je n'ai plus la petite jupe jaune que tu m'as offerte"

Quel culot. Qu'il dispose de son corps, c'est son droit. Mais disposer des affaires des autres… c'est de l'abus !

Alni est accablée et lui fait comprendre qu'elle ne peut continuer ainsi, qu'il faut qu'ils se séparent. Elle lui explique que toute seule elle ne peut assumer le loyer, la nourriture, en plus de ses vêtements et ses sorties dans les bars."

Alni a guère fini son explication que "Monsieur" se met en colère… reprochant à Alni de vouloir le quitter. Les assiettes volent dans la pièce. Tout ce qui se trouve près de lui, est littéralement mis en morceaux. Alni n'ose pas bouger. Elle connaît ses colères. Lorsque viendra une accalmie elle lui reparlera, s'expliquera mieux.

Assis sur une chaise, le regard à terre, il semble s'être calmé. A peine vient-elle d'ouvrir la bouche qu'un projectile fini sa course sur sa tête. Alni sent une douleur. Par réflexe, comme pour calmer la souffrance, elle porta la main sur sa tête. Elle sent que c'est humide et comprend qu'elle est blessée.

Alni conserve toujours la main sur sa tête. Mais, à présent, le sang coule tout au long de son bras jusque par terre. Il faut aller jusqu'au lavabo, pour nettoyer la blessure et son bras.

Devant la glace, Alni fait un brin de "toilette". En voulant nettoyer la plaie, elle sent qu'il y a quelque chose à l'intérieur. Tant bien que mal, elle cherche à l'attraper… C'était un bout de verre, l'assiette s'étant cassée au moment du choc... Ca va aller, déjà, ça saigne moins.

Pendant qu'Alni nettoyait sa plaie, JP était ressorti. Où est-il allé ? Alni n'en sait rien...
Quelques heures plus tard, quelqu'un frappe à la porte. On lui annonce que JP s'est ouvert le ventre avec un couteau et qu'il est étendu au sol, dans la rue.

Alni descend. Il pleure. Comme d'habitude, d'abord il donne des coups et après il pleure pour s'excuser. Très bon manipulateur mais, à ce moment là, Alni ne le voit pas.

Les pompiers vont le transporter à l'hôpital, pour soigner sa blessure. Alni se sent obligée de l'accompagner. Une fois la blessure suturée, 5 agrafes, Alni le ramène à la maison. Il est blessé, elle ne peut faire autrement.

Bien que les jours suivants il se tue en excuses, Alni est sur ses gardes. Alni connaît le refrain, il la bat, l'humilie et demande pardon. Il n'y a pas si longtemps, il lui a cassé 2 côtes. N'ayant pas arrêté de travailler, elle a souffert le martyr.

Mais lui, il a une excuse à tout. S'il ne garde pas un travail, c'est la faute des ses employeurs. S'il a fait la fête dans l'appartement, c'est la faute d'Alni parce qu'elle était partie et elle lui manquait… s'il l'a bat, c'est parce qu'il l'aime… pff.

Soit c'est un malade, soit un fou. Un jour il est le plus fort, le plus beau, le plus intelligent, le lendemain il pleure se dit être un faible, un incapable, un malheureux. Serait-il atteint de troubles bipolaires ?

Alni est convaincue qu'il souffre. Quel mal le ronge ? Elle ne sait pas. Cependant, elle tente de l'aider du mieux qu'elle peut, mais les jours s'annoncent difficiles.

Alni ne peut toujours pas reprendre son travail à temps complet et JP, quand il travaille, gaspillent tout ce qu'il gagne.

Alni se sent de plus en plus faible. Durant son séjour à l'hôpital elle a beaucoup maigri, elle n'arrive pas à récupérer. A cause de la maladie, elle ne pèse plus que 47 Kg. Le moindre effort la fatigue.

Aujourd'hui, plus que tout autre jour, elle a faim, elle est fatiguée et le moral est au plus bas. La nuit est tombée, pour elle c'est une délivrance. Elle aimerait s'endormir et ne plus se réveiller, mais elle n'arrive pas à dormir. Elle somnole.

Trois heures du matin, elle ne va pas bien… Elle sent les draps humides, quelque chose coule. Elle veut se retenir, mais elle ne peut pas. Son corps ne répond pas, comme si elle était incontinente.

Elle se lève. Le lit ressemble à une mare de sang. Elle panique. Elle s'enroule dans un drap et reste assise sur une chaise, en attendant que le jour se lève.

Les premiers rayons de la journée éclairent la chambre, tels des poignards, blessant les yeux d'Alni. Elle est fatiguée, néanmoins, l'hémorragie a cessé.

Elle n'a jamais su ni le pourquoi ni le comment, de cette hémorragie, mais quelques jours plus tard elle apprend être est enceinte et Alni pensa alors que la grossesse fut certainement la cause. Puisque, les médecins lui avaient précisé : "il faut, à tout prix, éviter une grossesse dans votre état". Trop tard, c'était fait…

A l'annonce de la grossesse, JP était fou de joie. Il demande à Alni de se marier, prétextant qu'il avait peur qu'elle reparte dans son pays. "Tu sais sans papiers, ils peuvent te faire partir" disait-il.

Alni n'a pas envie de se marier, elle a peur. Elle reste donc évasive sur la question. C'était sans compter sur la ténacité de JP. Il se met à pleurer, fait plusieurs tentatives de suicide… "Tu vois comme je serai malheureux sans toi ?!" "Si je meurs, ce sera ta faute".

Il promet que tout irait bien, qu'il changerait, se trouverait un travail, deviendrait responsable. "Si j'ai une famille rien qu'à moi, je deviendrai un homme".

Une fois encore, Alni croit en ses promesses et accepte. Elle se dit, il est jeune, il va changer. D'ailleurs, elle a toujours mis tout sur le compte de la jeunesse.

On dit "L'amour est aveugle" mais Alni aussi l'était.

Le mariage, sans cérémonie, est "célébré" le 6 novembre 1982, à Clichy la Garenne. Pas de fête, pas d'invités, rien, juste les futurs époux, les témoins et le Maire.

Novembre, un mois qu'Alni n'aimera plus jamais, un mois qu'elle voudrait effacer du calendrier, à tout jamais. Le 6 … un jour qu'Alni va retenir. Pas ce 6 novembre de l'année 1982 mais celui l'année 1996.


Suite



18-07-2009 | 557 vues

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Commentaires


Séchât
site/blog
le 20-07-2009 à 12:07:43
Bonjour Lina.
Comment vas-tu? As-tu passé un bon week end? De mon côté, je me suis "déconnectée" un peu, loin de l'ordinateur. Ca fait du bien de s'aérer un peu l'esprit! C'est pour cela que je ne t'ai pas répondu plus tôt.
Merci beaucoup pour tes commentaires chaleureux sur mon blog. Pour répondre à ta question, je n'ai pas encore essayé de me faire éditer. J'essaie d'écrire le plus possible, de travailler sur un projet de roman. Quand ce sera terminé, je me lancerai dans l'aventure!
J'avais déjà lu tes haïkus, je les ai lu à nouveau et je ne les trouve pas du tout ratés, bien au contraire! N'hésite pas à en écrire d'autres si tu en as envie.
Merci pour ce nouveau chapitre de "Elle". J'ai une grande admiration pour toi en lisant tout ce que tu as vécu. Tu as eu un tel courage, la force de toujours t'accrocher. J'espère qu'aujourd'hui, tu as la vie heureuse et douce que tu mérites.
Passe une belle journée, et une très bonne semaine. A très bientôt!
Avec toute mon amitié.
Séchât.
Line
le 16-12-2009 à 18:59:05
j'espère que ce écrit qui me boulverse à chaque chapître deviendra un livre Lina

comment vas-tu ??
reste bien au chaud
bisous de Line
je continue , oui tu es patiente et 'amour rend aveugle c'est vrai
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