Elle 4
Alni intériorise tout. Elle est incapable de démontrer ses sentiments. Elle aimerait, mais elle ne peut pas. -C'est toujours le cas- Cela a sûrement une raison d'être, mais elle ne la connaît pas. Elle a des pincements au coeur, chaque fois qu'elle a envie et que les mots la désertent. Elle a peur. Peur de perdre les personnes qu'elle aime, peur de les blesser les gens qui l'entourent. Ca, elle ne le supporterait jamais. Elle a été blessée, mais ne veut pas, absolument pas, blesser à son tour. Pourtant, mal à l'aise avec ses sentiments, cela risque fort d'arriver.
Alni passe, alors, des heures et des heures à réfléchir à la meilleure façon de démontrer ses sentiments, sans dire mot. Comment est-ce possible de dire aux gens qu'on les aime, sans parler ? Elle n'est pourtant pas timide. Juste mal à l'aise avec les sentiments. Sans doute, une carence de l'enfance.
C'est comme une blessure qui ne guérit pas. Plus vous soignez cette blessure plus elle s'infecte. Mon Dieu, comme elle aurait voulu être "normale". Pouvoir parler sans retenue aux gens qu'elle aime. Mais, l'enfance est le berceau de l'homme adulte. Et bien que l'on se construise, l'on se perfectionne, tout au long de notre existence, les sentiments s'apprivoisent dès notre plus jeune âge. Ou alors, ils auront, pour nous, un visage inconnu que nous aurons du mal à apprivoiser. L'inconnu engendre la peur et la peur produit la retenue.
Alni aimerait tant dire à sa cousine, combien elle l'aime, combien elle lui est reconnaissante de tout ce qu'elle a fait pour elle, combien elle aime les quatre cent coups qu'ensemble elles ont fait.
Au lieu de ça, Alni annonce à sa cousine qu'elle s'en va vivre ailleurs. Au fond, Alni ne veut pas vraiment partir, mais, comme toujours, elle ne veut pas déranger. L'appartement n'est pas si grand et Fati héberge aussi son frère.
Alni va alors vivre dans une chambre l'hôtel. Elle ne peut pas se permettre de prendre un vrai appartement, trop cher. Son salaire n'est mirobolant. Elle travaille dans une crêperie le matin et l'après midi dans une boutique de prêt-à-porter.
Au début, Alni passe souvent chez sa cousine pour se ressourcer. Fréquemment, elles passent ensemble le Week-End. La joie de vivre de Fati est contagieuse, Alni s'en empli. Le sourire de Fati est si radieux que, même le soleil au zénith doit se sentir terne, en le voyant.
Mais voilà, petit à petit, leurs escapades deviennent de plus en plus espacées. Les sentiments sont toujours là, mais leurs contacts se font rares. La vie, le travail et surtout de nouveaux horizons qui se dessinent. Des horizons dont la cime va transformer en une lame aiguisé et qui va, petit à petit, lacérer la chair d'Alni.
Dernier jour de l'année, 31 décembre 1981. Alni fait la connaissance d'un garçon. Elle le connaît de vue, il est serveur dans le restaurant où, parfois, Alni mange. Mais ce soir là ils discutent de leurs vies, leurs goûts, leurs ambitions.
Il lui raconte être un enfant de la DASS, avoir été abandonné par sa mère et ne pas avoir de père. Il pleure. Alni, n'a pas compris qu'il était sou. Elle méconnaissait l'alcool et ses effets.
Ce garçon lui semble perdu, triste, elle a envie de l'aider. Devant la détresse des autres Alni oublie la sienne. Ils se sont liés d'amitié.
Plus leur amitié avance, plus le garçon, JP, approfondit le récit de "sa vie". Sa route semble si tortueuse qu'Alni ne peut s'empêcher de sentir investie d'une mission. Il faut, coûte que coûte aider JP et elle l'aidera.
L'histoire est abracadabrante mais Alni ne se pose pas de questions, elle croit JP sur parole. Certainement parce que sa mère a souvent douté de sa parole, elle n'a pas envie de douter de la parole des autres. Et pourtant, plus tard, bien des années plus tard, Alni comprend que JP s'est inventé sa vie. La réalité était bien différente. Sa mère a été obligée de le placer puisque c'était un enfant à problèmes, la décision a été prise par un juge.
Un jour, JP dit a Alni qu'il voulait lui présenter quelqu'un. Alni pense qu'il s'agit d'un ami. Ce n'est que sur le chemin que JP lui annonce qu'il va lui présenter sa mère. Alni était étonnée, vu que JP disait que sa mère ne voulait pas de lui. Cependant, elle ne se pose pas de questions et le suit.
Cette visite n'était pas une visite surprise, comme Alni le croyait. JP, avait arrangé ce rendez-vous avec sa mère, afin de lui présenter Alni comme sa "petite amie". La manipulation était déjà au rendez-vous mais, Alni ne s'était pas rendu compte.
Sur le chemin du retour, JP recommence ses pleurs en disant : "Ma mère te trouve jolie, gentil, elle souhaite te revoir. Elle vient à peine de te connaître et elle t'aime bien, alors que moi elle ne me supporte pas et pourtant je suis son fils".
Alni prend ces mots à cœur. Ils lui font mal, cela lui rappelle quelque chose. Elle les crois vrais, quelle naïveté !
Elle rassure JP : "Ne t'inquiètes pas, nous retournerons la voir, je lui parlerais". JP eut un sourire, comme pour la remercier. Le voir sourire soulage Alni. La toile était tissée, comme il était malin !
Les mois passent. Alni et JP sont de plus en plus proches l'un de l'autre. Dès qu'ils ont le temps, ils vont au cinéma, font une partie de baby-foot, font des promenades ensemble, etc.… JP semble avoir oublié qu'il n'est pas "aimé" par sa mère. Alni se dit qu'il a remonté la pente. Tant mieux.
Comme souvent, dans les relations d'amitié entre un homme et une femme, les rapports sont parfois confus et prennent une direction différente. Ce fut le cas pour JP et Alni. Leur histoire a "évolué" et ce qui n'était qu'une amitié devient alors une histoire "d'amour".
Y avait-il vraiment de l'amour ? Alni cherche, encore aujourd'hui, la réponse. Mais pour l'heure, elle le crut. Ne la blâmez pas… Elle ne reçut jamais d'amour et celui qui ne l'a pas aperçut méconnaît son visage.
Très vite, dès qu'ils se sont installés ensemble, le comportement de JP changea. Il quitte son travail, devient agressif, bat Alni. Lorsque Alni lui dit que s'il continue elle le quitte, il s'excuse, se met à pleurer, lui demande pardon disant qu'il ne recommencera pas. Alni le croit et reste. Un fin manipulateur.
JP n'a toujours pas trop envie de travailler. Une semaine par ci, une semaine par là et des mois à ne rien faire. Comme il ne garde aucun travail, c'est Alni qui subvient aux besoins des deux. La situation devient pesante, elle est fatiguée et malheureuse; son fils lui manque.
Aujourd'hui, Alni a des douleurs, de très fortes douleurs. Lors de sa visite chez le médecin, des coliques néphrétiques on été diagnostiquées. Alni suit le traitement que lui a été prescrit mais les douleurs ne cessent pas. Pis, elles sont de plus en plus fortes.
Une semaine est passée, pas d'amélioration, les douleurs persistent et deviennent insupportables. Cette nuit, Alni n'a pas pu s'allonger. Recroquevillée, seule position où les douleurs lui laissent un peu de répit, elle passe sa nuit assise au bord du lit.
Alni n'a pas d'arrêt de travail, elle ne peut donc pas se permettre des absences et puis elle est la seule à travailler… A moitié courbée, elle se présente à son travail. Elle n'a même pas pensé, une seule seconde, qu'il n'était pas possible de recevoir les clients dans cet état.
Son employeur, en voyant l'état déplorable dans lequel elle se trouvait, l'a fait monter dans sa voiture et l'a conduisit chez le médecin. Alni se souvient "Même si je devais fermer la crêperie, je ne te laisserai jamais travailler dans ces conditions".
Ce couple était d'une rare gentillesse, bien plus que son employeur, ils étaient des amis. Ils lui ont même proposé de venir vivre chez eux : "Tu seras comme notre fille" disaient-ils.
Alni n'a jamais pu les remercier comme ils le méritaient. Elle pense souvent à eux, même maintenant. Elle a cherché à les retrouver sans résultat, pour leur dire simplement combien elle leur était reconnaissante. Ô combien elle aimerait les prendre dans ses bras, juste une fois.
En dépit de tous les déboires d'Alni, en France, la plupart des gens qui on croisé son chemin étaient des gens de bien, des gens au grand cœur. Des gens qui appartiennent à cette espèce d'Humains qui ont un vrai cœur et non pas une boîte de couleur rouge faisant office de moteur pour le corps.
Le médecin, en voyant Alni de retour, comprend que le problème n'est pas de son ressort. Il va dans la salle d'attente, demande à ses patients si l'un deux a une voiture et lui dit qu'il faut de toute urgence transporter Alni à l'hôpital.
Alni monte donc dans la voiture d'un Monsieur, qu'elle ne connaît pas, pour être conduite à l'hôpital Ambroise Paré, à Boulogne. Dans le même temps une ambulance avait été appelée mais le Monsieur est arrivé avant que l'ambulance le rattrape.
L'hôpital aussi avait été prévenu de l'arrivée d'une patiente et des brancardiers attendaient la voiture à l'entrée des urgences.
Les médecins ne disent pas à Alni de quoi elle souffre, ils lui disent seulement qu'elle doit être hospitalisée. Alni commence à pleurer, elle ne veut pas rester.
Une femme médecin, s'en approche, lui demande pourquoi elle pleure et le motif de son refus d'hospitalisation. Alni lui confie qu'elle n'a pas de papiers et donc pas de Sécurité Sociale. Cette femme, regarde Alni droit dans les yeux, se baisse pour être à sa hauteur et dit "La France n'est pas ridicule au point de laisser mourir quelqu'un simplement parce qu'il n'a pas de papiers".
Aujourd'hui, Alni se demande si c'était l'époque ou les gens qui étaient bien. En tout les cas, elle a de bons souvenirs de l'époque où elle n'avait pas de papiers. Une sans papiers des années 80.
Tout le corps médical est d'une extrême gentillesse. Les médecins font tout leur possible pour la sauver. Parfois, ils sont 7 autour de son lit. Alni passera quasi 2 mois dans cet hôpital. Elle fait presque partie de "la maison", comme ils disent.
Mais Alni s'ennuie, elle a très peu de visites. Fati de temps en temps et, une fois, sa sœur son beau frère et son neveu, venus tout spécialement de Normandie. JP, n'est venu que 2 fois, alors que c'était tout près.
Alors, pour passer le temps elle se promène dans le jardin avec des perfusions dans les 2 bras, c'est presque comique. Un médecin qui s'arrête par ci, un autre par là, ils dialoguent un peu et les jours passent… lentement, mais ils passent.
Alni va mieux, elle a envie de quitter l'hôpital. Les médecins sont réticents, ils ne veulent pas la laisser sortir. Devant l'insistance d'Alni, ils acceptent mais insistent sur la nécessité absolue de se reposer et bien suivre le traitement. Rendez-vous dans 15 jours pour une visite de control.
Bien qu'elle eût promis aux médecins de se reposer, il n'en est rien. Elle a besoin de voir son enfant. Peu importe ce que ça lui coûtera elle ira le voir.
Par la même occasion elle interpelle JP et lui dit qu'il doit absolument se trouver un travail. Puisqu'elle ne travaille pas, elle ne peu assumer toute seule le loyer, et surtout, elle sera absente. Le loyer était payable à la quinzaine.
Alni ne réfléchi pas deux fois, elle part voir son fils. Ce ne fut pas très intelligent de sa part. Mais, la jeunesse a des défauts que même la maladie ne peut corriger.
Le voyage l'a épuisée. La fièvre n'arrête pas de monter. Alni doit se rendre, de toute urgence, à l'hôpital le plus proche. Malgré les traitements, la fièvre est restée à plus de 40° pendant plusieurs jours.
Alni ne va pas se laisser abattre. La fièvre n'aura pas le dernier mot. Voilà, c'est fait, la fièvre a baissé. Alni est fatiguée mais peut, néanmoins, profiter de son fils. Un de ses frères est là aussi. Ca faisait des années qu'Alni ne l'avait pas vu. Ils sont contents de se retrouver.
Alni est rassurée. Son fils semble épanoui. Il est ravi de jouer avec ses cousines, d'avoir tant de monde autour de lui. Ces vacances furent de courte durée, mais le bonheur éprouvé durera une éternité.
Bientôt Alni va devoir repartir. Elle évite d'en parler à son fils. Alni souhaite voir son fils heureux jusqu'au dernier moment. C'est sa joie qui aide Alni à supporter l'éloignement.
C'est l'heure de se dire adieu. Alni ne peut contenir ses larmes. Pourtant, devant son fils, elle ne voulait pas ! C'est plus fort qu'elle... "Ne pleure pas maman, bientôt tu reviendras". Alni aussi le pensait, mais le destin en a voulu autrement…
Suite

Commentaires
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le 16-07-2009 à 12:08:06
Merci de tes commentaires sur mon blog. J'ai également bien reçu ton mail. En effet, c'est bien pire!
Je décourvre dans ce nouveau chapitre que tu as vécue un peu la même histoire que moi, celle que je raconte dans "Overdose". Quelque part, j'espérais que mes lecteurs ne comprendraient pas que c'était un texte autobiographique, mais apparemment certains l'ont ressenti. Il reste en moi un léger sentiment de honte, et ça me met en colère. Je ne devrais pas ressentir ça, j'ai simplement été manipulée.
Tout comme toi... Dans ce texte, tu espères que l'on ne te blâmera pas. Je suis bien placée pour comprendre la naïveté, je ne pense pas que ce soit si mal d'avoir un coeur ouvert et tourné vers les autres au point de se faire avoir. J'ai toujours préféré avoir été comme ça plutôt que de l'autre côté, celui des personnes qui profitent des sentiments des autres et les utilisent à leur avantage!
J'espère qu'un jour, tu publieras cette histoire sur papier, pour partager ton expérience avec encore plus de lecteurs. Est-ce que tu as déjà envisagé de contacter des maisons d'édition?
Passe un bon après midi ensoleillé.
Séchât.
---->Bonjour Séchât,
Merci de ta fidélité. Je pense pouvoir dire que, ce qui s'est passé jusqu'ici, j'ai oublié. C'est la suite que me tourmente.
J'ai pensé qu'en faisant appel à certains moments pénibles de ma vie, je trouverai où j'ai failli, pourquoi ce qui est arrivé je ne l'ai pas vu…
Je veux trouver s'il y a un fil conducteur et si, ce fil, c'est moi. En un mot, si je suis fautive quelque part. Pas facile !
Belle journée, tendres pensées, Lina
le 15-12-2009 à 18:18:18
quel triste chemin que le tien , ma vie malgré la perte de mes parents à peine agée de 6 mois a été douce , ma grand-mère et mon oncle m'ont donné l'amour et la tendresse.
je continue demain
bisous tendresse mon Amie Lina