Elle 2

2-1

 

Les jours passent, sans incident majeur. La routine… Néanmoins, l'envie de partir lui reprend.

 

Une amie du village voisin a besoin de quelqu'un pour travailler dans son bar, Elle part et confie son Prince, pour quelques temps, à sa mère.

 

Elle n'en est pas fière, mais il lui faut gagner de l'argent pour partir plus loin. Bien que les gens du village où elle travaille soient gentils, accueillants, souriants et ne se mêlent pas de la vie "du voisin", Elle rêve d'un autre monde, de grandes contrées.

 

Cependant, la vie est revenue, dans sa tête. Elle se sent bien ici. Elle n'aurait jamais pu imaginer que, à seulement quelques pas de chez elle, il puissent y avoir des gens aussi gentils! Maintenant elle sait, il y a des gens gentils. Bons de cœur et d'esprit ! Qui vous parlent sans arrière pensés. Qui vous disent bonjour sans détourner le regard. Qui partagent les bons et mauvais moments. Ne vous jugent pas ! Qui vous voient comme un être humain, en somme!

 

Quel bonheur ! Vivre normalement, comme tout un chacun ! Serait-ce un rêve ? Dans ce cas, Elle ne se réveillera jamais ! Elle ne demande pas plus, elle veut vivre comme ça, tout simplement.

 

Un an est passé, déjà !? Elle ne s'est rendue compte de rien. Comme le temps passe vite, quand on est heureux.

 

Un matin, Elle se lève, c'est, à première vue, un jour comme tous les autres. Le soleil brille, ses yeux aussi. Elle est heureuse, trop heureuse, peut-être. Pourvu que rien, pas un seul nuage gris, ne vienne gâcher cette belle journée.

 

Le téléphone sonne. Allô, bonjour. La voix de l'autre côté se fait entendre. Allô, j'aimerait parler a Alni, s'il vous plait - A partir de ce jour glorieux, "Elle" a un nom, Alni - Alni ne connaît pas cette voix mais répond, oui c'est moi. Bonjour, je suis Fati, ta cousine. Je t'appelle de France, comment vas-tu ?

 

Alni reste bouche bée, ne sait pas quoi dire, ni pourquoi Fati l'appelle. Alni n'a jamais eu grand contact avec cette cousine. Que lui veut-elle ? Une mauvaise nouvelle ? Ca suffit ! Alni est bien maintenant, il faut la laisser tranquille pour un moment.

 

Cependant, la curiosité titille Alni et, malgré la "peur", elle veut savoir la raison de cet appel.

 

Bonjour Fati, je vais bien merci.  Quelle est la raison de ton appel ? Alni tremble, on ne sait jamais… La réponse résonne, encore dans ses oreilles. 

 

Alni a raison de trembler, mais cette fois pour une bonne chose. Tout d'un coup, la voix de sa cousine lui semble une douce mélodie :

-         Alni, je suis au courant de ta situation. Ne le prends pas mal, mais je pense que tu ne t'en sortiras jamais là-bas. Tu connais les gens du village et moi aussi, ils te couperont l'herbe sous le pied, dès qu'ils le pourront. Tu n'auras aucune chance. Alors j'ai pensé que tu seras mieux ici, en France. Tu vivras chez moi, le temps que tu voudras ou qu'il faudra. Pour mieux te convaincre, j'ai même pris les devants, je t'ai déjà trouvé un travail, ne m'en veux pas.

-         Je, tu …

 

Alni rêve, c'est sûr. Elle ne peut répondre, les mots se meurent dans sa gorge. Comment cette fille, qu'elle n'a jamais beaucoup fréquenté, pense a elle ? Quel Ange est descendu du ciel ? Comme c'est bizarre, quand les choses vont bien, ça peut toujours aller encore mieux, alors que quand elles vont mal, elles ne peuvent qu'aller encore plus mal.

 

Alni arrive, quand même, à dire quelques mots :

-         Merci (rien d'autre ne sort)

-         Ca veut dire oui ?!

-         Oui, je…

-         Ne t'inquiètes pas, j'ai compris, tu n'arrives pas à parler, c'est tant mieux. Je suis contente que cela te fasse plaisir. Ne perds pas de temps, prépare les documents et fais vite. Bisous.

-         Mer… merci, à bientôt. Bisous.

 

Finalement, pense Alni, aujourd'hui ce n'est vraiment pas un jour comme les autres, il est magnifique, le soleil brille à l'horizon et dans son cœur.

 

Entre-temps son amie, Bia, qui n'était pas à la maison, arrive.  Bia voit très bien que les yeux d'Alni brillent bien plus que tous les autres jours, elle voulu en savoir la raison. Alni lui raconte, mot pour mot, la conversation qu'elle a eu avec sa cousine.

 

Bia est contente et triste à la fois. Contente parce que Alni aura une vie meilleure, triste parce qu'elles devront se quitter. Alni aussi a le cœur serré, elle a été bien accueillie ici, par tous, mais plus encore par cette amie, quelle n'oubliera jamais, plus jamais.

 

 

2-2

 

Alni s'affaire à préparer les documents nécessaires pour son départ. L'emballement est si grand qu'elle "oublie" l'essentiel. La priorité des priorités, son Prince. Elle peut partir mais pas lui, du moins pas tout de suite. Et voilà que la tristesse la gagne à nouveau.

 

Comment peut-elle partir à plus de 1800 Km et laisser son fils ? Même pour quelques temps ?! Elle est accablée, rien que de penser qu'il doit rester avec sa mère. Surtout, que les mots prononcés par celle-ci, lors de la naissance, retentissent encore dans sa tête : "Tu devrais penser à le donner à ta tante. Elle ne peut pas avoir d'enfants et il serait bien avec elle".

 

Ces mots on eu l'effet d'un obus explosif, dans sa tête. Comment une mère peut-elle dire ça à sa propre fille ? Cette mère parle de son propre petit fils et elle le traite comme une marchandise dont elle croit pouvoir disposer à sa guise.

 

Cela ne devrait, pourtant, pas étonner Alni. Elle se souvient que quelques mois auparavant sa mère n'a pas hésité à l'exposer au danger, délibérément.

 

Un jour un commissaire de Police, qui était au courrant de ce qui se passait, vient voir sa mère et lui demande de laisser Alni partir avec lui, pour l'aider quelques jours dans sa maison de campagne. Evidemment que c'est oui, voyons, c'est un commissaire de Police et sa fille n'est rien que sa fille !

 

Pourtant, elle savait ce qu'il voulait, en réalité. Puisque tout de suite après son départ elle se tourne vers Alni et lui dit "Je sais ce qu'il veut mais à toi de te débrouiller". Alni n'a que 17 ans.

 

Entendu, Alni se défendra toute seule ! Tous les soirs elle pousse une grande armoire pour coincer la porte de la chambre, et, au petit matin, le pseudo homme de l'ordre, a le culot de lui demander "pourquoi tu fermes la porte de la chambre de l'intérieur "?! Mais Alni n'est pas seule, il y a les locataires de la maison qui ont compris le manège et lui on proposé de l'aide. Merci à eux.

 

La deuxième fois… il n'y a pas eu de deuxième fois … Alni a refusé de partir et, pour une fois, sa mère l'a écoutée.

 

Tout ça rien que pour avoir le respect d'un commissaire ?! C'est mesquin !

 

Malgré tous ses doutes et ses peurs, Alni doit faire un choix : rester dans ce trou à rats sans avenir, ni pour elle ni pour son fils, ou partir, même le cœur fracassé, pour préparer un futur meilleur à tous les deux. Elle ne reviendra pas en arrière, sa décision est prise, Alni part. Encore une fois, Alni veut, et doit, faire confiance à sa mère. Après tout, c'est sa mère pas un monstre !

 

Le jour J est arrivé. Une date historique, pour Alni et; pour les Français aussi, par le retour de la gauche au pouvoir -Monsieur François Mitterrand est élu Président de la République Française-, ce jour là.

 

Dix mai 1981, un avion vole, très haut, dans le ciel, destination : France. Lentement, il redescend. Orly, c'est la fin du voyage. Ce fut ce jour béni, que pour la première fois, elle a vu le ciel de Paris !

Alni sort du ventre de cet oiseau mécanique, son bagage est mince mais dans ses lèvres le sourire est immense. Emerveillée par tout ce qui l'entoure, elle jure de ne plus quitter ce coin de paradis. Que c'est beau la vie vue d'ici !

 

Alni n'avait encore rien vu, en réalité. Seulement, elle se sentait bien, si bien qu'il lui semble avoir "oublié", un court instant,  qu'elle avait laissé son enfant. Un défaut de la jeunesse, sans doute. Ce qu'il y a de certain, si votre esprit est joyeux et en paix, vos yeux vous inventent des paysages merveilleux, où rêve et réalité se confondent.

 

C'est si bon de rêver, surtout lorsque vous avez été privé pendant tant d'années. Mais encore faut-il savoir que le rêve existe. Dans le trou où elle vivait, ce n'est pas souvent le cas, rêver.  Le rêve n'est pas seulement une activité incontrôlée de votre cerveau, c'est aussi une planification de votre futur et Alni s'y mettait à l'œuvre.

 

Alni est récupérée à l'aéroport par sa cousine, Fati. En route vers Saint-Cloud. Pendant tout le chemin, elle admire le paysage. Arrivée à Saint-Cloud, Alni a l'impression d'être arrivée au paradis. Pas le paradis dont parle la religion, puisqu'elle ne le connaît pas, mais celui dont elle a toujours rêvé. De grandes avenues, des fontaines, des lumières qui scintillent… etc.  Ce n'est pas pour rien que l'on appelle Paris la ville de lumière. Même si ce n'est pas Paris, c'est tout près. Alni est HEUREUSE.

 

 

2-3

 

D'accord, tout est beau, voire merveilleux même, mais il ne faut pas oublier le but de sa venue en France. Alni est là pour se construire un futur, donc pour travailler.

Bien, passé le stade de l'admiration, il faut penser au travail. D'ailleurs, n'est-elle pas venue pour ça ?

 

Sa cousine lui avait bien dit qu'elle lui avait trouvé un travail mais lequel ? L'émotion ne lui avait pas permis de le lui demander. Elle n'y avait même pas songé un seul instant, puisque l'envie de partir prenait le dessus sur tout.

 

Tu parles d'un travail ! Encore une fois, un emploi de "bonne". Sûr il n'y a point de travail honteux, mais Alni rêvait d'autre chose. Rêvait, c'était bien le mot… oublierait elle la barrière de la langue ? Malgré de longues années de français, depuis l'age de huit ans, elle s'aperçu bien vite qu'elle avait beaucoup de lacunes.

 

Alni commence, donc, à travailler chez ce couple. Ils ont 4 enfants, 16, 14, 11 et 6 ans. Le Monsieur est informaticien, la dame "promeneuse" invétérée, qui ne savait même pas faire une marche arrière avec sa voiture. Alni n'a jamais compris ça ! La "dame"allait chercher sa plus jeune fille à l'école maternelle en voiture, mais se garait, toujours, au milieu de la rue pour éviter de faire un créneau…

 

C'est dans une conversation que Alni a entendu la "dame" dire à sa maman : tu sais bien que je ne m'arrange  pas à faire la marche arrière !? Alni trouvât ça plutôt comique.

 

Alni, compris très vite qu'elle ne pourrait pas assurer le rythme exigé par "madame". Non seulement elle ne pouvait pas se coucher avant 2 h matin, mais il fallait se lever à 6 h. Ne parlons pas de tout ce qui concerne la nourriture. A croire que dans cette maison il fallait jeûner tous les jours. Même chez elle, elle mangeait mieux, avec moins de moyens.

 

Alni trouvaient que ces exigences étaient extrêmes. La "madame" va jusqu'à exiger qu'Alni  lui nettoie les oreilles avec un coton tige et lui lasse ses lacets. Le linge, fallait le laver avant de le mettre dans le lave linge, à ce demander à quoi servait ce dernier.

 

Alni a peu de temps pour se reposer. Les nuits sont courtes et elle passe la moitié de celles-ci à pleurer. Son fils lui manque. Cela fait 2 mois maintenant qu'ils sont séparés.

 

Le manque de nourriture plus la fatigue l'on mené à l'inévitable. Alni est très faible, perd connaissance à plusieurs reprises. Les premières fois SOS médecin on fait l'affaire mais pas cette fois-ci. Alni avait des spasmes, le médecin dit alors à la "madame" qu'il faut la transporter d'urgence à l'hôpital, il faut donc appeler une ambulance.

 

La "madame" a peur, pas pour Alni, non, mais parce qu'elle n'a pas déclaré Alni comme travaillant chez elle. Donc, la "madame" appelle sa cousine lui demande, de venir et, de déclarer aux ambulanciers que Alni est une amie qui passe quelques temps chez elle. – le terme exact serait ESCLAVE !

 

En attendant les explications d'Alni, puisqu'elle était toujours inconsciente, Fati, sa cousine, fait ce que lui a été demandé et accompagne Alni dans l'ambulance. Les ambulanciers lui auraient dit, Alni le sut plus  tard par Fati, cette fille est très faible, il n'y aura pas de prochaine fois à l'hôpital, c'est ailleurs qu'elle ira.

 

Afin qu'Alni se repose, Fati l'a ramène chez elle. Dès qu'une amélioration se fait sentir, Fati "attaque" :

 

- Tu peux me dire ce qui se passe ? Tu viens ici tous les Week-end et je n'ai jamais vu te plaindre. Mais je sais, je sens, que quelque chose ne vas pas.

 

Alni raconte alors qu'elles sont les conditions dans lesquelles elle travaille. Jusqu'à quelle heure elle doit travailler (pis le vendredi, ils accomplissaient des rites, ce jour), l'interdiction de manger, etc.…

 

Fati est en colère ! Après la "madame" mais avec Alni aussi ! Comment cette "salo…" a pu faire ça ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

 

Le tonnerre gronde. Fati est pourtant petite (à 34 ans elle s'habille avec du 14 ans) mais, quand elle est en colère, il ne faut pas être sur son chemin. Fati est partie voir la "madame". Alni ne sait pas ce qu'elle lui a dit. Alni a seulement vu que Fati est arrivée avec ses affaires.

 

Fati garde chez elle Alni. Quelle grande preuve d'amour sa cousine lui a démontré ! Enfin, quelqu'un qui l'aime.

 

 

2-4

 

Alni finit, à peine, de prononcer ces mots qu'aussitôt elle les trouvât injustes. Oui Injustes ! Injustes envers sa sœur car elle sait bien que sa sœur l'aime.

 

Bien qu'elles n'en aient jamais parlé, il y a des regards qui ne trompent pas, et Alni se souvient du regard de sa sœur. Ce regard chargé d'un long discours muet, que seul un cœur aimant peu prononcer, celui de sa sœur, son âme jumelle.

 

Parce que elles viennent d'un monde à part, elles n'ont jamais prononcé le plus simple des mots "je t'aime", un monde où tout est interdit. Un monde rude où tout, même le simple fait de témoigner une marque d'affection, prend un air de crime. Leur mère leur a inculqué cette pseudo "éducation" où il n'y a que des interdits et des tabous, même l'amour dans sa plus simple définition.

 

Alni perçoit les mots qu'elle vient de prononcer comme un coup de poignard envers sa sœur, d'autant plus qu'elle n'a pas encore été la voir en Normandie. Elle culpabilise.

 

Tout se mélange dans sa tête, l'envie de voir sa sœur, l'envie de voir son enfant et, pour finir, l'envie de retrouver un travail. Les jours passent et Alni ne trouve pas un travail stable, juste quelques heures de ménage.

 

Le mois de juillet est déjà bien avancé. Etant donné le manque de travail, Alni décide de partir avec sa cousine, Fati, au Portugal, pour passer l'été.

 

Le voyage se fera en voiture, ce sera long mais Alni veut voir son fils.

 

(suite Elle 3) 



 




Article ajouté le 2008-03-29 , consulté 39 fois

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