Elle 13
Le pire défaut d'Alni, la loyauté… Etre fidèle envers une brute, fidèle envers ses promesses, fidèle jusqu'à l'oubli de soi. Seulement la loyauté ne paie pas. Elle l'a appris à ses dépens.
Cet homme est si bon manipulateur qu'il trouve toujours les mots pour que règne la confiance. Malgré toutes les déceptions, elle va, une fois de plus, faire confiance à cet homme. Alni sait aujourd'hui qu'il n'y avait aucune sincérité dans ses propos, mais à l'époque Alni s'en est convaincue. Aveuglement, besoin de croire et surtout le déni de soi.
C'est ainsi que lorsque éclata l'affaire Dutroux et qu'elle l'entend dire "à un homme comme ça, il faudrait lui couper le sexe " "c'est dégoûtant, c'est un rebus de la société"… Alni pensa alors "voilà, au moins un point sur lequel je n'ai pas à avoir des craintes"
Malgré tous les déboires, Alni est soulagée à l'idée que cet homme a quand même des principes. Sur le coup, elle se demanda même, si ce n'était pas elle la cause de tous les problèmes.
"Peut-être que je ne l'aime plus et c'est pour ça que je le vois comme un monstre?" "Je suis peut-être la cause de son agressivité" "Je l'ai peut-être déçu?" "Il n'est peut-être pas un manipulateur, juste quelqu'un de fragile, mal dans sa peau ?" "Il faut que j'arrête de penser du mal de lui, c'est moi qui me fais toutes ces idées…, c'est donc moi le monstre !"
C'était pendant le repas de midi. Immédiatement après que M'sieur eut fini prononcer ces paroles, Alni, pour on ne sait qu'elle raison, regarda son fils. Elle n'a jamais pu oublier son regard, elle en a encore des frissons rien qu'en y pensant. Ce regard triste, vide et peureux à la fois, un regard indéfinissable qu'Alni n'a pu déchiffrer sur le moment… Elle avait été aveuglée par ce beau discours.
Quelques années plus tard, elle reparla de cette conversation avec son fils et seulement à cet instant elle a su la signification de ce regard. C'est incroyable à quel point Alni a été aveuglée, par cet homme. Où as-tu donc déniché ta naïveté, Alni ?
Les années passent et la tension monte toujours d'un cran. Plus la tension monte, plus Alni se culpabilise. Elle se persuade, de plus en plus, que l'unique coupable c'est elle ! Pour palier à ce désagrément, elle tente par tous les moyens de trouver La solution.
Pensant qu'en gagnant plus d'argent les problèmes cesseront, tout en ayant un travail, elle en cherche un autre. Pour améliorer le quotidien elle ne recule devant rien.
On lui propose alors un poste de responsable d'administration des ventes, dans une société d'import export. Même si le poste est instable, puisqu'un CDD d'un an, elle en court le risque et accepte le poste. Alni pensa que la situation allait alors s'améliorer, puisque son statut de cadre lui permettait d'avoir un bon salaire et en un an elle avait le temps de voir venir. Mais la situation se dégradait encore et encore. Il trouvait toujours une raison, pour critiquer, pour taper ou pour sévir. Maintenant, c'est encore pire, il fallait se mettre à deux pour punir…
C'est encore une de ces rentrées scolaires qu'Alni n'aime pas.
Un des professeurs demande un cahier petit format, M'sieur achète un cahier grand format. Normal, il sait tout, il commande tout !
Fani craint les remarques du professeur. Surtout que, c'est déplaisant, des remarques devant les camarades. Afin d'éviter la situation, Fani découpe son cahier au format demandé.
Il faut qu'un enfant se sente très mal à l'aise, pour entreprendre de découper un cahier !! En aucun cas, Fani ne pouvait mesurer les conséquences que ce geste anodin pouvait engendrer auprès de son "père".
Alni était absente, lors de la fameuse découverte par son père. Mais sitôt arrivé, l'histoire lui fut relatée avec des cris, en guise de bonjour. Alni a vite compris qu'il avait déjà frappé Fani et l'avait puni. Alni l'écouta et n'a rien fait d'autre. Elle ne pouvait ni dissimuler le "délit", ni lui retirer les coups, rien. Alni ne fit rien !
Oui mais voilà… M'sieur ne l'entendait pas de cette oreille, Alni devait, refrapper, re-punir, re… elle ne sait quoi, et puisqu'elle ne l'a pas fait, la "fête" a commencée.
Ce soir là, personne à la maison n'a mangé, sauf peut-être lui. Alni ne sait plus. Les coups ont fusé, la table renversée, la vaisselle cassée et il crie. Ces cris, Alni les entend encore, parfois.
Il lui reproche d'être trop "coule" avec les enfants. Est-ce vraiment être coule que de ne pas punir un enfant 2 fois pour la même chose ? Et puis, découper un cahier, est-ce un crime si grave ?
Alni est perdue, elle ne sait plus si c'est elle ou lui qui est malade. Peu importe la parole qu'Alni prononce, elle a toujours tort, elle est toujours la plus infecte des femmes. Alni doute d'elle et de ses capacités à être une bonne épouse et une bonne mère.
Qui a raison ? Qui a tort ? Elle ou lui ? Alni ne sait plus, elle s'est perdue dans les méandres de la vie.
Pourtant, quand elle creuse son cerveau, elle est certaine d'avoir raison ! Mais il suffit qu'il parle et les doutes reviennent. Il sait trouver, les mots qui blessent, les mots qui font douter…
A quoi sert une belle maison, si son âme est vide, si tout vous y est interdit, si vous y êtes en danger ? Elle vous abrite, certes, du vent et du froid extérieur, mais le froid intérieur est bien plus glacial, bien plus mortel.
Cette belle maison, des rêves d'Alni, se transformera en un cauchemar de tous les instants. Loin de tous, sa seule protection, elle-même ! Elle y a travaillé dur, lui aussi d'ailleurs, Alni se doit de le reconnaître, mais le maître des lieux, c'est lui ! Lui seul a le droit de jouissance, personne d'autre !
Le salon a des beaux canapés, tout cuir, vachette pleine fleur… Mais les enfants n'ont pas le droit de s'asseoir dessus. D'ailleurs, il faudrait déjà qu'ils aient le droit de rentrer dans le salon! Ô sacrilège ! Il va jusqu'à laisser un cheveu sur la poignée de la porte de ce maudit salon, pour être sûr qu'ils n'y ont pas pénétré.
A l'endroit où M'sieur s'affale, le canapé est pourtant abîmé. Aucune importance, un roi se doit de laisser des traces. Son fameux meuble archi chère, il l'a éraflé, aucune importance, sa griffe est jolie. Il a pourtant voulu faire croire à Alni que c'étaient les enfants !
Lorsqu'il a cassé la lampe de chevet, dans la chambre de Fani, il l'a accusée. Alni est devenue sourde, quant à ses accusations. Mais, malheureusement, elle n'est pas devenue aveugle et ce qu'elle voit lui crève le cœur…
Souvent, M'sieur se prélasse devant la télé avec une glace, des cacahuètes, ou autres grignotages, mais les enfants n'en n'ont pas le droit.
D'un regard interrogateur, Alni le dévisage. "Quoi ? Ils ont mangé !" Bien sûr, comme lui, comme Alni, tout le monde a mangé. Il ne s'agit pas d'un repas, mais d'un moment de détente. Alni sait parfaitement que ce n'est pas bon pour la santé, mais dans ce cas, aux adultes d'en donner l'exemple.
Malgré les reproches, voire même des disputes et des coups, qu'Alni pouvait subir, à plusieurs reprises, elle a été, ou a envoyé les enfants, chercher une glace. Cela avait le don de contrarier M'sieur, tant pis !
"Je perds la face devant les enfants, salope" Perdre la face ? "Tu l'a perdue, par tes propres actes, depuis bien longtemps, pauvre sot".
Les enfants n'en parlaient pas, mais Alni a bien compris qu'ils savaient, bien mieux qu'elle, qui était cet homme. Tant de fois, sont fils l'a mise en garde. "Maman, il faut qu'il se soigne. Il faut qu'il voit un psychiatre." Un enfant, il n'était qu'un enfant et il avait vu !
Alni aimerait bien ! Mais, si elle avait émis ne serait-ce que l'idée, il les aurait massacrés à tous. "Vous me prenez pour un fou, c'est ça ?" C'était sa phrase fétiche et le début, pour les autres, d'un aller vers l'enfer.
Alni veut la paix. Si pour l'avoir il faut qu'elle subisse, alors elle subira. Oui mais, il avait compris qu'Alni était devenue un zombie, il frappe, elle encaisse. Alors, il changea de stratégie, il s'en prend aux enfants.
Un soir, Alni rentre, tout paraissait calme, pas un mot, pas un cri, rien. Son fils était devant l'évier, il lavait la vaisselle. Alni trouve suspect, tout ce calme.
En regardant son fils de plus près, elle aperçoit une plaie sur son crâne. Une blessure assez conséquente. Le sang coulait encore. Alni avait compris que la brute était passée par là. Elle ne peut lui demander des explications, au risque de le voir recommencer.
Pratiquement tous les soirs, Alni a de longues conversations avec son fils, Marco. Cela énerve M'sieur, mais Alni s'en fou. Ce soir là, elle a profité pour lui demander ce qui s'était passé. "C'est parce que je n'ai pas nettoyé la gazinière ce midi".
Quelques goûtes sur la gazinière, valent-elles le crâne d'un enfant ?
Alni ne savait pas avec quoi il l'avait frappé. C'est quelques jours plus tard, quand elle va pour prendre l'aspirateur et qu'elle voit le manche d'aluminium tout tordu, presque cassé, qu'elle apprend qu'il s'agissait de l'objet ayant servi à massacrer son fils.
Alni ne sait pas pourquoi maintenant quand elle rentre du travail, le ménage est déjà fait. M'sieur se vante d'avoir tout nettoyé lui-même. Alni pense "tant mieux", tant qu'il est occupé à nettoyer, il ne fait pas autre chose.
Le ménage n'était pas bien fait et pour cause... Le carrelage de la cuisine, qui était normalement blanc, devenait gris, surtout sous la table et aux coins. Elle n'osait rien dire et en cachette relavait la cuisine, toujours en pensant que cela allait piquer au vif M'sieur.
Alni compris plus tard que le ménage était fait par les enfants. Le salopard ! Il fait faire le travail aux enfants et s'en donne le mérite. Il est le mensonge incarné vérité. Il sait si bien masquer les vérités.
Mais il peut faire bien pire. Dernièrement, il ne veut pas qu'Alni l'accompagne faire les courses, prétextant aller plus vite tout seul. Cela ne dérange pas, le moins du monde, Alni, elle est si bien loin de lui. Sauf que ce qui en découle est odieux, surtout pour les enfants.
En allant tout seul, il s'achète de l'alcool à volonté, au détriment de la nourriture pour les enfants. Il leur achète, toujours les mêmes boîtes de conserve au plus bas prix, quand ce n'est pas déjà périmé. Ces conserves servent pour le repas de midi. Les enfants arrivent de l'école et n'ont plus qu'à chauffer leur déjeuner.
Alni est au même régime. Elle doit se contenter de conserves qui, pour la part, sont abîmées. Plusieurs fois, Alni n'a pas eu de repas à midi. Mais, puisqu'il lui a interdit de prendre, ne serait-ce que 10 francs dans le porte-monnaie, elle ne peut pas s'acheter un sandwich.
Pour elle, aucune importance. Elle connaît la faim, elle l'apprivoise, "elles ont fait un pacte mutuel de non agression..." Mais pour les enfants, c'est n'est pas pareil. A leur âge, une bonne alimentation est primordiale.
Non seulement ils ne mangent pas correctement, avec un trajet conséquent, mais en plus M'sieur exige qu'ils nettoient : la gazinière, le sol, la table, leur vaisselle et l'évier, sinon les coups tombent. Pour lui peu d'importance, s'ils ont le temps ou pas.
Maintenant, à domicile, le Pacha a deux esclaves et une prostituée à la demande !
Suite

Commentaires
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le 31-07-2009 à 14:34:37
Comme il est difficile de lire l'horreur que tu as vécu au quotidien, et les sévices subis par tes enfants. J'avais malheureusement une idée du drame qu'ils ont vécu, mais avec ton allusion à l'affaire Dutroux j'ai bien peur d'avoir vu juste. Je ne trouve pas de mots pour définir ce que m'inspire cet homme. C'est terrible d'en arriver à penser que tu étais coupable, c'est affreux un tel sens de la manipulation!
J'espère que peu à peu, cela te soulage de partager ton expérience, et que la souffrance du passé s'éloigne...
Passe une belle journée, et prend bien soin de toi.
Avec toute mon amitié,
Séchât.
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le 31-07-2009 à 19:25:24
Oui, quand ils le veulent, les loups savent très bien comment s'y prendre pour entrer dans la bergerie.
Ce que tu as vécu est terrible et ce qui est plus terrible encore, c'est ce sentiment de culpabilité que ce loup a réussi à graver en toi.
Je suis révoltée et peinée de ta souffrance.
J'espère de tout mon coeur qu'après avoir écrit le mot fin, ta vie pourra enfin commencer.
En attendant, n'oublie pas de te chouchouter un peu. Prends du temps pour toi maintenant.
Bisous d'amitié aux sept couleurs,
Arc-en-ciel
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le 31-07-2009 à 21:45:41
Didier